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Les Africaines s’emparent du 7ème art
Publié le : samedi 24 novembre 2012
Afrikamera 2012

Malgré les difficultés, pour beaucoup liées à leur condition, de plus en plus de femmes africaines se lancent dans les carrières du cinéma. Une conférence organisée par Afrikamera à Berlin était l’occasion d’aborder cette évolution.

En Afrique comme ailleurs, les femmes sont de plus en plus nom­breu­ses à exer­cer les métiers du cinéma. Mais en dehors des actri­ces, elles man­quent encore cruel­le­ment de visi­bi­lité et sur­tout de reconnais­sance. Au der­nier fes­ti­val de Cannes par exem­ple, aucune femme n’était pré­sente dans la sélec­tion offi­cielle. A la Berlinale, Ursula Meier était la seule réa­li­sa­trice en com­pé­ti­tion pour l’Ours d’Or. Pour autant, en Afrique, la situa­tion pro­gresse, comme l’ont attesté les pro­fes­sion­nel­les afri­cai­nes conviées à évo­quer ce sujet lors d’une confé­rence orga­ni­sée par le fes­ti­val Afrikamera à Berlin.

« Avec le Fespaco, les auto­ri­tés ont depuis long­temps mis l’accent sur le déve­lop­pe­ment du cinéma. Si au début, on ne retrou­vait les femmes que comme actri­ces et scripts, les choses ont beau­coup évolué. Depuis 2000, on observe qu’elles sont dans tous les métiers du cinéma, à la réa­li­sa­tion, mais aussi dans la tech­ni­que, comme ingé­nieur du son ou lumière… Il n’y a plus vrai­ment de tabou » indi­que Georgette Paré, actrice et direc­trice de cas­ting bur­ki­nabé, qui tient le rôle prin­ci­pal dans le film « Une femme pas comme les autres ». Certes, elles res­tent encore mino­ri­tai­res, mais l’ISIS (Institut supé­rieur de l’image et du son), situé à Ouagadougou, accueille de nom­breu­ses futu­res pro­fes­sion­nel­les. « Si je prends l’exem­ple du Ghana, où je suis née, his­to­ri­que­ment, l’une de nos pre­miè­res figu­res connues était Efua Sutherland, poète et écri­vain qui a notam­ment tra­vaillé pour la télé­vi­sion amé­ri­caine », cite Yaba Badoe, réa­li­sa­trice du docu­men­taire Witches of Gambaga, pro­jeté à la suite de la confé­rence. « Depuis lors, le pays compte de nom­breu­ses cinéas­tes très connues. Je cite­rai notam­ment Shirley Frimpong-Manso, dont les films, qui par­lent notam­ment des femmes, sur le ton de Sex in the City mais tourné au Ghana, sont très popu­lai­res. Il y a aussi Leila Djansi, aujourd’hui ins­tal­lée à Los Angeles. Son der­nier film Sinking Sands traite des vio­len­ces domes­ti­ques. Toutes les deux ont leur propre maison de pro­duc­tion ».

Des films de femmes, mais pas seu­le­ment

Autant de réa­li­sa­tri­ces de la nou­velle géné­ra­tion, qui sui­vent la voie ouverte par les pion­niè­res, Safi Faye ou Fanta Régina Nacro. Mais se conten­tent-elles pour autant de « films de femmes » ? Bien au contraire, affirme June Givanni, cura­trice et cri­ti­que de films vivant à Londres et ori­gi­naire de Guyane : « Les per­son­nes arri­vent au cinéma dans une quête d’esthé­ti­que, de forme, d’art, et vont s’empa­rer d’un thème qui les pas­sionne comme Pascale Obolo, qui avant son film Femme invi­si­ble a réa­lisé deux docu­men­tai­res sur la musi­que à Trinidad et Tobago ». D’autres vont faire des films enga­gés, qui par­lent de poli­ti­que dans leur pays, à l’instar de la came­rou­naise Osvalde Lewatt avec deux docu­men­tai­res Au delà de la peine et Une affaire de nègres ... « Mais il est vrai que quand les gens débu­tent, ils peu­vent choi­sir une his­toire per­son­nelle, un thème qui les touche, » pour­suit-elle.« Pour cette raison, on va trou­ver de nom­breux films de femmes qui concer­nent les femmes ». Citons par exem­ple Ties that bind, de Leila Djansi, Perfect Picture de Shirley Frimpong-Manso, la tri­lo­gie de Katy Lena N’Diaye, les films de Kady Sylla ou Angèle Diabang...

Les dif­fi­cultés de finan­ce­ment, qui ne sont pas pro­pres aux réa­li­sa­tri­ces, peu­vent aussi entraî­ner un biais dans le choix des thé­ma­ti­ques. « Bon nombre d’orga­ni­sa­tions s’inté­res­sent au sort des femmes en Afrique et encou­ra­gent ces thèmes. Il appa­raît donc plus simple aujourd’hui de faire finan­cer de tels films », remar­que Georgette Paré. C’est le cas d’une nou­velle géné­ra­tion de docu­men­ta­ris­tes fran­co­pho­nes qui aborde la condi­tion fémi­nine, comme Gentille M. Assih ou Awa Traoré. Toutefois, nuance June Givanni, « si vous êtes une femme au Nigéria par exem­ple, vous pouvez tout à fait trou­ver des finan­ce­ments, uni­que­ment sur l’aspect com­mer­cial du film. Va-t-il plaire au grand public ou non ? ».

Les docu­men­tai­res sem­blent être un genre appré­cié des réa­li­sa­tri­ces. A nou­veau, cela a trait, de l’avis des inté­res­sées, aux dif­fi­cultés de finan­ce­ment. D’une part, un docu­men­taire est plus léger à réa­li­ser, en termes de moyens. D’autre part, il permet de tra­vailler dans l’attente, par­fois longue, d’un accord pour le tour­nage du pro­chain long métrage.

Encourager la sco­la­ri­sa­tion des filles

Mais de très nom­breux obs­ta­cles res­tent aussi à fran­chir pour que la part des femmes dans le cinéma afri­cain pro­gresse davan­tage. « On observe des blo­ca­ges de la part des femmes elles-mêmes. Mais avec les quotas et la sen­si­bi­li­sa­tion, cela se détend len­te­ment », sou­li­gne Georgette Paré. Problème tout aussi pro­fond, la sco­la­ri­sa­tion des filles. Il faut en effet encou­ra­ger les parents à envoyer les filles à l’école, faute de quoi les pays afri­cains et donc le 7ème art man­quera tou­jours d’intel­lec­tuel­les. D’autres pro­blè­mes, enfin, ont été cités, sans être spé­ci­fi­ques aux femmes, comme la dis­pa­ri­tion de la culture ciné­ma­to­gra­phie, qui tend à reve­nir dans cer­tains pays comme le Nigéria, et sur­tout le manque de salles pour pro­je­ter les films… En Afrique, encore plus qu’ailleurs, faire du cinéma est une affaire de pas­sion et de téna­cité.

Gwénaëlle Deboutte

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