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L’amateurisme semble coller à la peau
Publié le : mercredi 25 juillet 2012
Ecrans noirs 2012



Après 16 années d’exis­tence, ce fes­ti­val came­rou­nais n’arrive pas à se défaire de cer­tains couacs qui plom­bent son déve­lop­pe­ment.





La 16ème édition du fes­ti­val Ecrans noirs a donné son der­nier clap le 7 juillet der­nier pour la partie came­rou­naise. On a enroulé le tapis rouge après la des­cente des mar­ches de la céré­mo­nie de clô­ture au palais des Congrès de Yaoundé. Cette fête annuelle came­rou­naise du cinéma a éteint ses lam­pions après une semaine de pro­jec­tions et d’ani­ma­tions pour jeunes. Cette année, le col­lo­que avait pour thème « le déve­lop­pe­ment de la télé­vi­sion afri­caine : atout ou frein pour le cinéma du conti­nent ».

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La sélec­tion offi­cielle comp­tait une soixan­taine de films regrou­pant docu­men­tai­res, fic­tions longs et courts métra­ges avec en prime une rétros­pec­tive gabo­naise. Le public a eu l’occa­sion de regar­der La Cage, pre­mier long métrage gabo­nais, réa­lisé par Robert Darène avec pour pre­mier rôle Philippe Mory.

En dehors du vil­lage du fes­ti­val qui dif­fu­sait en plein air un ou deux films à partir de 21h00, cinq salles ont accueilli les spec­ta­teurs. Notamment les cen­tres cultu­rels fran­çais, alle­mand et espa­gnol. Dans ces struc­tu­res pour­tant peu spa­cieu­ses, à peine la moitié des sièges ont été occu­pés. Un réa­li­sa­teur, s’offus­quant de voir cinq per­son­nes en salle pour son docu­men­taire, s’est sous­trait de la confé­rence de presse du len­de­main. Cette tri­bune quo­ti­dienne a pour objec­tif de per­met­tre au public de dis­cu­ter des films regar­dés la veille, avec les réa­li­sa­teurs pré­sents.
On ne dira pas que c’est faute de qua­lité que le public a « boudé » les pro­jec­tions. Comment expli­quer par exem­ple qu’il y ait moins de dix spec­ta­teurs pour voir Le Collier du Makoko d’Henry Joseph Koumba Bididi. Cette fic­tion célè­bre le métis­sage cultu­rel et phy­si­que en mêlant le comi­que à l’aven­ture, avec des noms comme Eriq Ebouaney et Philippe Mory. Le film sorti offi­ciel­le­ment au Gabon va enta­mer une tour­née inter­na­tio­nale. Ou encore, Andalousie mon amour du Marocain Mohamed Nadif, l’his­toire de deux étudiants de Casablanca rêvant d’Europe où le réa­li­sa­teur met sub­ti­le­ment en exer­gue les des­tins des deux pro­ta­go­nis­tes.

Le fes­ti­val a également pro­posé des docu­men­tai­res aux qua­li­tés tech­ni­ques et thé­ma­ti­ques inté­res­san­tes. C’est le cas avec Paris mon para­dis d’Eléonore Yaméogo, qui s’en tire avec la men­tion spé­ciale du jury. Zwelidumile du Sud afri­cain Ramadan Suleman, Ecran du docu­men­taire, rend un hom­mage pos­thume émouvant à Dumile, artiste pein­tre qui a dénoncé au prix de sa vie, les injus­ti­ces de l’apar­theid. En dehors des céré­mo­nies d’ouver­ture et de clô­ture dont le côté strass et paillet­tes attire un grand public, le long métrage Viva Riva, du Congolais Djo Munga arrive en tête en terme de fré­quen­ta­tion. Le film est en fait favo­risé par la men­tion « inter­dit aux moins de 18 ans » ins­crite sur le pro­gramme. Une pré­ci­sion selon cer­tains spec­ta­teurs qui « attise la curio­sité et ras­sure sur le ton sérieux du film ». Largement plé­bis­cité par le public, ce polar bien rythmé cap­tive avec ses scènes de sexe, de vio­lence et de pour­suite dans les rues de Kinshasa à tra­vers une his­toire basée sur le busi­ness et le trafic de car­bu­rant. La tech­ni­que est aussi célé­brée avec la belle repro­duc­tion des effets spé­ciaux et des scènes de cas­cade. Un aspect qui des­sert pour­tant Faso Furie, fic­tion du même regis­tre réa­li­sée par le Burkinabé Michel Kamuanga.

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Ecran d’or

Viva Riva était attendu par beau­coup pour l’Ecran d’or (meilleur long métrage fic­tion). Mais le jury, pré­sidé par l’écrivain came­rou­nais Gaston Kelman, a jeté son dévolu sur le scé­na­rio roman­ti­que de Julie et Roméo réa­lisé par le Burkinabé Boubakar Diallo. Une ver­sion afri­caine du drame de Roméo et Juliette qui réé­crit la mythi­que his­toire en inté­grant la magie afri­caine. Le film, selon le jury, a le mérite d’avoir été tourné en peu de jours avec un petit budget. Cependant le choix est contro­versé, à la limite contesté. Comme pour se dédoua­ner, les mem­bres du jury finis­sent par ajou­ter que Viva Riva [1] peut se porter et se vendre seul, ce qui n’est pas tout à fait le cas de Julie et Roméo qui a ainsi besoin de ce « coup de pouce ».

D’aucuns ont tôt fait de qua­li­fier cette atti­tude d’anti pro­fes­sion­nelle. Il faut dire que le fan­tôme de l’ama­teu­risme a hanté plu­sieurs pans de l’orga­ni­sa­tion géné­rale du fes­ti­val. Les pro­jec­tions pré­vues au palais des Congrès ont été du jour au len­de­main annu­lées, cer­tains films à l’instar du long métrage Aujourd’hui du Sénégalais Alain Gomis, en com­pé­ti­tion pour l’Ecran d’or, n’a pas été dif­fusé. Le réa­li­sa­teur aurait fina­le­ment amené son film dans un autre fes­ti­val qui se dérou­lait au même moment. Plus d’une fois aussi, ce sont des spec­ta­teurs déçus qui ren­traient timi­de­ment en salle regar­der un film, car celui qu’ils sont venus voir a été dépro­grammé, par­fois sans expli­ca­tions. Autant de couacs qui com­men­cent à coller à la peau d’Ecrans noirs. Ce qui laisse per­plexe les fes­ti­va­liers, sur­tout que l’évènement qui reçoit depuis quel­ques années une sub­ven­tion du gou­ver­ne­ment, dis­po­sait dans cette édition d’un budget de 150 mil­lions Fcfa (230 000 euros).

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Espérons que Ciné Talent, l’inno­va­tion majeure de cette 16ème édition va véri­ta­ble­ment contri­buer à agran­dir le public des Ecrans noirs. Le vil­lage du fes­ti­val était par­ti­cu­liè­re­ment fré­quenté en soirée par un public jeune, inté­ressé par les com­pé­ti­tions de man­ne­qui­nat, de miss et master de danse, et défilé de mode. Dommage que le plus sou­vent, le public s’éparpillait une fois le spec­ta­cle ter­miné, et peu de spec­ta­teurs assis­tait au film de 21h00. C’est pour­tant de cela qu’un fes­ti­val et ses films ont le plus besoin : de spec­ta­teurs à gogo.

Pélagie Ng’onana

[1] - Viva Riva qui a béné­fi­cié d’une forte cam­pa­gne publi­ci­taire, est sorti depuis fin 2010 dans une ving­taine de pays en Afrique, aux États-Unis et en Europe où il a fait 40 000 entrées.

Palmarès Ecrans noirs 2012

Ecran d’hon­neur
Prix spé­cial décerné à Hichem Rostom (Amir), comé­dien tuni­sien pour l’ensem­ble de son œuvre.

Ecran d’or décerné à Boubacar Diallo pour son film Julie et Roméo (Burkina Faso)

Ecran du meilleur film étranger décerné à Ainom, de Lorenzo Cella Valla et Mario Garofalo (Italie)

Ecran de la meilleure inter­pré­ta­tion décerné à Yonas Perou pour son rôle dans le film Le Collier du Makoko du réa­li­sa­teur gabo­nais Henri Joseph Koumba Bididi

Ecran du docu­men­taire décerné à Ramadan Suleman pour son film Zwelidumile (Afrique du Sud)

Ecran du Court décerné à Soffo Simo pour son film Animtest (Cameroun)

Ecran de l’espoir décerné à Jean-Jacques Ndoumbè pour son film Sur le chemin de mon rêve (Cameroun)

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