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« Nous sommes là pour faire avancer le cinéma malgache »
Publié le : jeudi 17 novembre 2011
Winterthur 2011

Aux dernières Rencontres du Film Court de Madagascar, Rianando Ludovic Randriamanantsoa a remporté le Zébu d’Or de la meilleure fiction pour son court-métrage Le Glas. Ce prix lui offrait une formation en école de cinéma à Genève ainsi qu’une invitation au festival de Winterthur en Suisse. Puisqu’il étudiait déjà dans une école marocaine (ESAV), Ludovic a offert sa formation à Manohiray Randriamananjo, lauréat de la Mention Spéciale. Ils se sont retrouvés tous les deux à Winterthur.

Crédit photo Kurzfilmtage


Il est rare de voir des lau­réats par­ta­ger leur prix avec leurs concur­rents. Comment expli­quez vous ce choix ?

Rianando Ludovic Randriamanantsoa : C’est la moin­dre des choses. Je pense que notre géné­ra­tion de cinéas­tes mal­ga­ches a besoin de soli­da­rité. Ceux qui veu­lent faire du cinéma ont besoin de moti­va­tion pour par­ti­ci­per aux Rencontres du Film Court et ne plus avoir peur de fran­chir le pas. Comme j’ai déjà béné­fi­cié d’une for­ma­tion [à l’École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech] et que c’est ce qui manque à Madagascar, je me suis dit que c’était une bonne occa­sion pour nous.

Manohiray Randriamananjo : J’ai été très content d’obte­nir ce prix. Comme Ludovic, je suis là pour, quoi qu’il se passe, faire avan­cer le cinéma mal­ga­che. C’est un atout de plus pour moi de fré­quen­ter une école de cinéma et cela a changé ma vie, ma vision et ma façon de faire du cinéma.

Que ce soit en France, en Suisse ou au Maroc, quelle vision ont les gens de Madagascar ?

M.R. : C’est une sur­prise pour eux car les gens ima­gi­nent une île avec des lému­riens et des autoch­to­nes. Ils sont sur­pris de voir que l’on fait quand même du cinéma.

R.L.R. : J’avais fait un film mal­ga­che pro­duit au Maroc et dans le cadre d’un fes­ti­val, le film a été consi­déré comme maro­cain. Alors je m’inter­roge sur l’iden­tité d’une œuvre. De nous voir ici à l’étranger, cela donne vrai­ment beau­coup d’espoir pour les jeunes mal­ga­ches. Sortir du pays et ouvrir ses hori­zons est une expé­rience très impor­tante.

© crédit thomas Lesourd

Quel a été votre pro­gramme lors du fes­ti­val de Winterthur ?

R.L.R. : Nous sommes sur­tout allé voir les pro­jec­tions de films afri­cains et la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale. Je cher­chais l’ima­gi­naire dans les films afri­cains car nous sommes sou­vent confron­tés à un cinéma engagé, poli­ti­que et on oublie cette part d’ima­gi­naire afri­cain. Les films afri­cains ici sont diver­si­fiés.

M.R. : Mon objec­tif était de voir les films afri­cains pour situer Madagascar par rap­port à la qua­lité et la quan­tité de ce qui se fait parce que j’ai l’habi­tude de voir des films euro­péens. Je vais dans les salles pour voir com­ment réa­gis­sent les gens. C’est très impor­tant, sur­tout pour nous qui fai­sons des films, de tenir compte de ce que les films pro­vo­quent chez les spec­ta­teurs. J’ai par exem­ple la sen­sa­tion que le cinéma mal­ga­che est dif­fé­rent. Nous sommes plus dans le rêve, nous sommes plus fins au niveau de l’écriture et de l’esthé­ti­que et ça, c’est une décou­verte.

Après avoir vu autant de films, quel bilan tirez-vous du cinéma mal­ga­che ?

M.R. : Juste à pre­mière vue, si sur 10 films afri­cains il y a 2 films mal­ga­ches, on iden­ti­fie immé­dia­te­ment les films mal­ga­ches alors que les films afri­cains, on ne sait pas de quel pays ils sont car il y a un style qui s’est géné­ra­lisé en Afrique. Même si les mal­ga­ches ont un côté engagé, nos films se lâchent plus, ils sont tour­nés vers le rêve et l’ima­gi­na­tion.

R.L.R. : J’ai vu un film docu­men­taire que Manohiray a tourné et j’ai pu isoler une séquence que j’aime bien. Il y a un vrai moment docu­men­taire de sin­cé­rité où le per­son­nage est vrai­ment tou­chant. Mais en même temps Manohiray a joué avec le cadre. Et je me suis reconnu là-dedans car moi mal­ga­che, si quelqu’un me donne de la sin­cé­rité, je ne pour­rais pas le regar­der en face, regar­der ses yeux. Dans les autres films afri­cains que j’ai vu, la caméra reste figée. C’est le per­son­nage qui donne tout.

Quel a été votre coup de cœur du fes­ti­val ?

M.R. et R.L.R. : Mwansa the Great [ de Rungano Nyoni, Mention spé­ciale du jury] !

Cette sélec­tion cor­res­pond-t-elle à l’idée que vous vous fai­siez du court-métrage afri­cain ?

M.R. : Nous appe­lons les films que l’on a vu des films « Mamadou » : des films qui par­lent beau­coup et que l’on ne com­prend pas à la fin. Les réa­li­sa­teurs inves­tis­sent beau­coup dans le maté­riel alors qu’à Madagascar, nous tour­nons avec rien mais nous tra­vaillons sur le contenu. Un autre aspect que j’ai remar­qué est que les gens chan­tent tou­jours à la fin ou dans les moments graves, c’est un style Bollywood.

R.L.R. : Quand j’étais à Madagascar, j’ai vu La petite ven­deuse de soleil de Djibril Diop Mambéty qui m’a beau­coup plu. Pour moi c’est le film afri­cain par excel­lence dans le sens où cela aborde le social avec une vraie nar­ra­tion. Ce que je plains dans le cinéma afri­cain, c’est qu’il n’y a pas de type de héros comme on en trouve dans les films occi­den­taux, ces acteurs qui inté­res­sent les pro­duc­teurs. Ce que j’ai aimé dans Mwansa the Great c’est qu’il y a une très bonne direc­tion d’acteur. Je trouve que les femmes afri­cai­nes diri­gent mieux les enfants que les hommes. C’est une piste à creu­ser : parler de choses graves tout en fai­sant rire.

Propos recueillis par Claire Diao
12 novem­bre 2011

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