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Les Caraïbes - Cannes 2011
Publié le : samedi 28 mai 2011
Calypso Rose, the Lionness of the jungle



Les Caraïbes émergent, font parler d’elles et bat­tent le rappel. Cette année, dans le mou­ve­ment amorcé par la sortie du film Nèg Maron de Jean-Claude Barny en 2005, les Antilles sor­tent du silence et se mon­trent sur les écrans.
Pas moins de 16 pro­duc­teurs et 6 dis­tri­bu­teurs venant de 7 pays repré­sen­taient les Caraïbes ainsi que le bureau des ACP.
Rue Cases-Nègres de la réa­li­sa­trice Euzhan Palcy a été pro­grammé dans le cadre de Cannes Classics, don­nant ainsi un coup de pro­jec­teur sur une ciné­ma­to­gra­phie peu visi­ble.




Pourtant, une géné­ra­tion de cinéas­tes émerge autour de Lucien Jean-Baptiste (Première étoile), Jean-Claude Flamand-Barny (Nèg Maron), Mariette Monpierre, venue défen­dre au marché du film son pre­mier long métrage Le bon­heur d’Elza, avec Stana Roumillac. Etaient pré­sents à Cannes la docu­men­ta­riste Sylvaine Dampierre (Le pays à l’envers) qui se lance dans un long métrage de fic­tion, et le cinéaste Fabrice Pierre. Ainsi que de jeunes pro­duc­teurs : Neigeme Glasgow-Maeda pour les Antilles anglo­pho­nes et le Martiniquais Jil Servant, ayant accom­pa­gné cette année trois court-métra­ges, Fichues raci­nes de Marie-Claude Pernelle, La femme qui passe de Véronique Kanor et Beautiful du guya­nais Serge Poyotte, des films que l’on espère décou­vrir à Cannes l’an pro­chain.

Calypso Rose, the Lionness of the jungle
Pascale Obolo, Cameroun, 85’

Pour com­men­cer, un des coups de cœur de Clap Noir à Cannes est un film musi­cal. Les Caraïbes avaient là leur meilleure ambas­sa­drice pos­si­ble avec la diva tri­ni­da­dienne Calypso Rose, qui a donné un superbe concert au bord de la plage can­noise, au pavillon des ciné­mas du monde. Elle est l’héroïne du long-métrage docu­men­taire de la réa­li­sa­trice came­rou­naise Pascale Obolo.

C’est un film musi­cal et c’est aussi un por­trait engagé. Dans le sens où c’est un regard de femme sur une femme, c’est un film fémi­niste et c’est aussi un film, comme aurait dit Césaire de négri­tude. On saluera l’élégance, la moder­nité et le style du mon­tage, la qua­lité des mélan­ges de sup­ports, d’archi­ves, le res­pect du son Calypso pour nous embar­quer dans sa danse.

Portrait fémi­niste

Cette femme ronde comme une reine, espiè­gle comme une gamine, qui vire­volte aux sons tri­ni­da­diens, nous la décou­vrons dans son art et son talent mais aussi peu à peu dans le dévoi­le­ment de ses souf­fran­ces de femme. Comment une femme est deve­nue reine dans un homme où seuls les hommes avaient droit de cité. La réa­li­sa­trice a pris le parti de ne pas lâcher son per­son­nage plus d’un ins­tant, par de tal­king heads, pas de propos sur…, on est immergé avec la diva dans son tour­billon joyeux et coloré. On pour­rait repro­cher au film de rester très musi­cal et fusion­nel avec son per­son­nage sans pren­dre un recul sur l’his­toire, les liens entre la Calypso et la vie poli­ti­que, sur les­quels on n’appren­dra pas grand-chose. Mais l’enga­ge­ment poli­ti­que du film est dans le fémi­nisme. Celui de la chan­teuse. Celui de la réa­li­sa­trice.

Négritude

Ce que cons­truit le film, réa­lisé par Pascale Obolo, c’est aussi un pont entre Trinidad et la Caraïbe, sa lumière chaude, sa musi­que joyeuse, la Calypso et New York, où vit la dia­spora, le hip hop qui recy­cle les sons et la jeune géné­ra­tion. Le film cons­truit en trois temps s’achève sur le retour aux sour­ces et la venue de Calypso Rose au Bénin, près de la porte du non-retour, en prière devant la mer. Ce chemin que la réa­li­sa­trice a fait, qu’elle accom­pa­gne aussi la diva, c’est un chemin de négri­tude. Poids du passé afri­cain aux caraï­bes, dia­spora, per­sis­tance ryth­mi­que de géné­ra­tion en géné­ra­tion. Le film est pétri de tout cela et c’est fort.
A écouter donc, et à savou­rer.

Caroline Pochon

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