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Skoonheid (Beauté) - Cannes 2011
Publié le : vendredi 27 mai 2011
Sélection un certain regard


Oliver Hermanus, Afrique du Sud, 98’
Production : France, Allemagne

Récompensé par la Queer Palm 2011, qui dis­tin­gue une œuvre pour sa contri­bu­tion aux ques­tions de sexua­li­tés et de genres.






Ce n’est pas le Pasolini de Salo. Pas le Visconti de Mort à Venise. Pas non plus le Happiness de Todd Solonz ni encore le Fassbinder de L’année des 13 lunes. Pas le Chéreau d’Intimité. Pas le Kubrick de Lolita. Mais bien plus que les déran­geurs établis et habi­tués de Cannes, de Lars Von Triers (en pleine perte de boule cette année à en juger par son film aussi bien que par les propos tenus publi­que­ment) à Almodovar, c’est peut-être le film le plus sub­ver­sif que l’on a pu voir sur la croi­sette cette année que Skoonheid.

Skoonheid dérange parce qu’il raconte l’his­toire d’un homme, père de famille rangé d’une qua­ran­taine d’années qui vit son homo­sexua­lité, sur un conti­nent où l’homo­sexua­lité, bien sûr, n’existe pas et où lorsqu’elle surgit, elle peut être punie de mort.

Skoonheid dérange parce qu’il filme un point de vue. Celui de cet homme qui désire, et même qui tombe amou­reux. Il n’y a pas de juge­ment, et d’ailleurs, le film s’appelle La beauté parce que quoi qu’il arrive, c’est vrai que ce jeune homme aux yeux bleus est beau, sur­tout dans le regard de quelqu’un qui le trouve beau. La magie de cette sub­jec­ti­vité est servie par une réa­li­sa­tion élégante et rigou­reuse, très juste. La caméra bouge quand elle doit bouger mais reste en plan séquence quand elle le doit aussi, comme lors de cette longue conver­sa­tion au lit que le héros a avec son épouse au moment du cou­cher. Les comé­diens sont filmés avec grâce, la caméra traque la vérité intime des sen­ti­ments sur les visa­ges, il n’y a jamais de bons ni de méchants. Juste le désir.

Skoonheid dérange aussi parce qu’il mêle dans la vie de cet homme dont nous décou­vrons la com­plexité et le men­songe, le sexe brutal à la romance. Le voyeu­risme devient le seul moyen de vivre ce désir inter­dit et le film nous y entraîne, voyage en voyeu­risme gay et sen­ti­men­tal. Et on se trou­ble, le son dis­pa­raît et on regarde un cil, une nuque (beau­coup de nuques fil­mées, dans ce film), le rayon­ne­ment d’un sou­rire. Le film assume tout cela avec puis­sance et fer­meté, il va jusqu’au bout de la vio­lence (le viol) et de la cru­dité. Il montre aussi cepen­dant la bles­sure intime, l’amour impos­si­ble, l’envie face à ceux qui, plus jeunes, plus libres, pren­nent le droit de s’aimer sans com­plexes.

C’est un très beau por­trait, c’est une belle réflexion sur l’amour et les liens, entre sexua­lité vio­lente et sen­ti­ments purs, sans parler d’un quo­ti­dien où l’on s’englue, où l’on tait ce que l’on res­sent, où l’on anes­thé­sie sa vita­lité. Il est autant le Humbert Humbert de Lolita que l’écrivain mou­rant joué par Dirk Bogarde dans Mort à Venise de Pasolini, cet homme inter­prété par Déon Lotz. Cela laisse penser que le cinéma sud-afri­cain se porte à mer­veille, pour pro­duire de petits bijoux de sub­ver­sion pareils. Espérons que le film et son réa­li­sa­teur ne seront pas lyn­chés par ce milieu que le film jus­te­ment dépeint. Celui d’une Afrique du Sud afri­ka­neer bour­rue, encore de fait prise dans des liens d’apar­theid et où l’homo­pho­bie reste semble-t-il impor­tante. Que faire lors­que l’on est dif­fé­rent ?

Caroline Pochon

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