TERANGA BLUES
Un film de Moussa Sene Absa, Sénégal France, 2006, 93’

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SYNOPSIS
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Madiké Diop, alias Dick, est expulsé de Paris et débarque à l'aéroport Léopold Sédar Senghor menottes aux poignets, escorté par deux policiers français qui le laissent à la police sénégalaise. Il a honte et un sentiment de violence grandit en lui. Un vieil ami d'enfance le met à l'aise et l'intègre à son groupe qui fait du trafic d'arme. Dick a beaucoup d'argent et ne se prive de rien. Mais la voie qu'il a choisie n'est pas la meilleure…

Note d’intention
La situation de la jeunesse africaine à travers les mouvements migratoires, montre à quel point l’ouverture-fermeture des frontières à transformé le rêves et les idéaux, les valeurs et les modes de vie.
Souvent un immigré arrive au pays avec plein de cadeaux, d’argent et retrouve une famille nostalgique et fière.
La plupart du temps, les sources de cet enrichissement passent au second plan, l’on ne retient que les résultats, en espèces sonnantes et trébuchantes.

LE REALISATEUR
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Crédit photo Arte

Né au Sénégal, artiste aux multiples facettes, peintre, écrivain, musicien, Moussa Sene Absa passe avec aisance de l'écriture à la mise en scène, tant pour le théâtre que pour le cinéma. Il débute sur les planches comme acteur puis passe à la mise en scène de théâtre avec la pièce La légende de Ruba dont il est aussi l'auteur. Il réalisera son premier court métrage en 1988 et sera très prolifique. Il produira aussi  pour la Télévision du Sénégal une capsule humoristique quotidienne, Gorgorlu, qui remporte un succès inégalé auprès des téléspectateurs.
Par ailleurs, son talent de peintre n'est plus à reconnaître et ses œuvres vibrantes de couleurs sont exposées au Sénégal, en Europe et en Amérique.

Filmographie
1988 Le prix du mensonge
1991 Ken Bugul
1992 Jaaraama, Set setal, Entre vos mains
1993 Molaan et Offrande à Mame Njare, Twist à Poponguine
Papisto Boy
1994 Yalla Yaana
1996 Tableau ferraille
1998 Jef-Jel
1999 Blues pour une diva
2003 Madame Brouette

CRITIQUE
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Teranga blues nous raconte l'histoire de Madické Diop, aka Dick, expulsé de France, qui se retrouve contraint de se refaire une place à Dakar après plusieurs années d'absence. Sans le sou et désireux de cacher son échec à ses proches, il va entrer un peu malgré lui dans des intrigues qui le dépassent…

Sélectionné dans la compétition officielle en long-métrage de fiction, Teranga Blues a déçu un public pourtant impatient de le découvrir. Alors que les précédents films de Moussa SENE ABSA, dont « Tableau Ferraille » et « Madame Brouette », avaient séduit public et professionnels du cinéma, le réalisateur nous livre ici un long métrage qui ne répond pas aux attentes qu'il suscite, et ce de divers points de vue.

Avant tout, c'est le scénario qui présente de nombreuses faiblesses : s'il est vrai que l'idée de départ pouvait donner un film non seulement intéressant mais de plus utile et engagé, le résultat est une succession de rebondissements parfois invraisemblables. Dick, novice débarqué accidentellement dans le milieu de la pègre, se voit immédiatement confier de lourdes responsabilités dans une affaire de trafic d'armes à grande échelle en vue de la préparation d'un coup d'état ! Le scénario se déroule ainsi par étapes à la progression un peu « assénée », ne laissant pas au spectateur le temps d'adhérer au récit. De plus, certains éléments, tels l'épisode du bagne ou le climax final dans une scène d'action à la Scarface , manquent de crédibilité et fragilisent encore l'ensemble.

Constellée de clichés et de détails ultra kitsch, la réalisation de Teranga Blues imite le registre du film noir à l'américaine : atmosphère underground tendance décadente (alcool et boîtes de nuit à Gogo), armes à feu, blousons de cuir, gros billets, scènes de bagarre… Tout y est, l'ennui c'est qu'on attendait autre chose. On aimerait entrer dans l'intériorité d'un personnage tiraillé entre des désirs contradictoires : ambitions artistiques et nécessité de soutenir financièrement les siens, amour de sa famille et entretien du mensonge, envie de vivre son amour pour la jolie Rama et impossibilité de partager une relation d'honnêteté… Ce sont des problématiques majeures de la jeunesse africaine qui servent de toile de fond au scénario de Teranga Blues, mais les enjeux fondamentaux ne sont qu'esquissés. La réflexion de fond sur la tentation généralisée de l'exil, le mythe entretenu de l'Eldorado, la fascination pour une certaine culture occidentale, la pression familiale faite aux émigrés, la perte et la confusion des valeurs culturelles sont négligés dans le traitement.

Le récit et centré autour du personnage de Dick et de ses tribulations qui revètent de surcroît, de par leur caractère excessif, la marque de l'exception. Mais Dick et ses tourments ne parviennent jamais vraiment à prendre corps, laissant le spectateur sur sa faim. A une approche basée sur l'intériorité et la psychologie du personnage, l'auteur a préféré donner dans l'intrigue mafieuse, dressant le portrait de petits gangsters en quête de promotion sociale et autres crapules politiques malheureusement dénuées de crédibilité. On se sent loin de Monsieur tout le monde et le cas de Dick relève plus du fait divers que d'une problématique socio-économique et culturelle. Le film, en s'engageant dans cette voie, semble peiner à se trouver et passer à côté de son sujet.

Sophie Perrin


FICHE TECHNIQUE

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Scénario et réalisation : Moussa SENE ABSA  
Avec : Lord ALAJIMAN, Juliette BA, Zéka LA PLAINE, Yakhara DEME, Ibrahima MBAYE, Roger SAMBOU, Demba BA, Rokhaya NIANG
Image : Jean Paul DA COSTA, Bara DIOKHANE
Son : Alioune MBOW
Musique originale : DAARA J
Direction artistique : Bouna MEDOUNE SEYE
Montage : Pascale CHAVANCE, Myriam AYCAGUER, Nicolas MIFSUD
Mixage : Frédéric THERY
Production : Alioune BADUBA et Claude GILAIZEAU
Contact : Badou BA (Sénégal) baaduubaa@yahoo.com, Claude Gilaizeau (France) c.gilaizeau@lalanterne.fr



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