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SYNOPSIS LE
REALISATEUR · 1976 La pièce (CM) · 1977 La chute (CM) · 1978 Le banc (CM) · 1982 Peut-être la mer (CM, TV) · 1983 Exil, Algérie (CM, TV) · 1985 Bâton rouge (LM) · 1988 Raï (TV) · 1991 Cheb (LM) · 1992 Des années déchirées (TV) · 1994 Poussière de vie (LM) · 1997 L’honneur de ma famille (TV) · 2001 Little Sénégal (LM) · 2003 Le vilain petit poussin (CM) · 2004 L’ami y’a bon (CM) · 2006 Indigènes (LM) CRITIQUE Passée la surprise initiale de voir se tenir la projection de presse de « Indigènes » en lieu et place du « Planet Hollywood » à Paris, il ne faut pas longtemps au spectateur pour entrer dans le récit de Rachid Bouchareb.
La construction du récit, très classique, embrasse aussi cette volonté de pédagogie. Le cours d’histoire est chronologique, construit en chapitres par dates et lieux, depuis l’enrôlement jusqu’à la libération. Il s’agit d’une vaste fresque construite autour de cinq portraits, avec un fort parti pris narratif de coller aux personnages, cherchant à provoquer la réflexion sur la question identitaire. Les nombreux gros plans et plans rapprochés créent une relation spontanée avec les individualités en présence. Bouchareb reste d’ailleurs au plus près de ses héros dans la manière dont il tourne les scènes de bataille, insistant ainsi sur la volonté de raconter une Histoire humaine ou, pourrait-on dire, l’histoire des hommes qui ont fait l’Histoire. On saluera d’ailleurs de ce point de vue une grande humilité du réalisateur qui à aucun moment ne cède à la tentation de la forme dans les scènes da bataille en question : toutes justifiées, servant la construction narrative, elles évitent les écueils de la surenchère pathétique et de l’accumulation de plans esthétisants et réussissent leur gageure d’explorer d’autres pistes que le spectaculaire de la guerre. On n’est jamais au spectacle dans « Indigènes », et cette pudeur délibérée nous rend d’autant plus sensible la fidélité du cinéaste à la cause qu’il défend. C’est un parti pris qui s’applique en fait à l’ensemble du film : économe d’effets visuels, optant pour une réalisation neutre, presque « transparente », Bouchareb concentre l’intensité dans la simplicité des procédés narratifs et le jeu des comédiens. Attendus après leur prix d’interprétation collégiale à Cannes, ceux-ci sont en effet globalement irréprochables, même si l’on souhaite tout de même rendre un hommage particulier à l’interprétation lumineuse de Sami Bouajila, ainsi qu’à la belle composition de Bernard Blancan, qui se distinguent de façon indéfinissable. Dommage tout de même que les personnages, à l’exclusion de celui du sergent, un peu plus complexe, n’aient pas réellement offert de part d’ombre, d’ambiguïté, de duplicité à exploiter pour sortir le récit de sa trop évidente vocation didactique. Là encore, ce manque de second degré a pour effet de rendre parfois indigestes ces indigènes aux profils clairs, entiers, immuables, que le trouble et l’absurdité ne semblent guère ébranler. C’est une nouvelle fois la volonté de l’auteur de livrer (même s’il tient à se démarquer du documentaire) un document à valeur historique, qui a eu raison de la profondeur, de la consistance de ces personnages un peu lisses, sans surprise. Une critique qui s’appliquait déjà en son temps au travail de Sembène lorsqu’il abordait 1988 la question du traitement des régiments de tirailleurs au retour de la guerre dans « Le Camp de Thiaroye ». Sans doute n’est-on encore pas prêts à accepter quelque peu ces figures nécessaires de martyrs de la République, mais ce n’est qu’au prix d’un inévitable et regrettable polissage que s’accomplit la quête du consensus. L’épilogue final rappelant immanquablement un certain « Soldat Ryan » enfonce définitivement le clou sur ce chapitre. Bilan de l’opération : mission accomplie quant à la transmission d’un message de première importance, l’ambition politique et historique est efficacement satisfaite, au détriment de la force et de l’ampleur des personnages. Un film qui sort difficilement de son caractère d’utilité, et dont la force tragique tient davantage à la réalité historique qui l’inspire qu’au travail dramaturgique. Sophie Perrin (Clap Noir) FICHE TECHNIQUE |
| © Clap Noir / 2006 |