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Oui bien sûr. Le gros problème c’est que les dirigeants africains ont confié l’image du continent à l’occident. C’est comme si je disais « tiens je te laisse t’occuper de ma dignité, ma personnalité, mon «MOI ».». Ignorance, abandon ou démission ? La question reste posée c’est grave. Je disais au festival Diverciné à Ottawa récemment, (j’étais devant un parterre d’ambassadeurs y compris africains avant la projection) que l’on ne peut pas confier éternellement son image à d’autres personnes. Il est temps que les africains se la réapproprient. L’Afrique ne véhicule pas elle-même son image. Elle est représentée sous la coupe de tout ce qui est négatif. Est-ce que le cinéma peut amener une conscience en bousculant les idées reçues ? On dit que le cinéma ne peut pas changer le monde mais il aide à réfléchir. La mauvaise image donnée à l’Afrique n’est pas la responsabilité que de l’occident, aujourd’hui. Des africains aussi jouent le jeu de l’occident. Cela se voit à travers : comment filmer et parler de l’Afrique ? C’est de la faute à tous les médias. Même le malheur peut être présenté avec une certaine dignité. Il y a le malheur partout. Je vois ici en France des pères de famille qui se nourrissent dans les poubelles. Je disais à Ottawa que chez nous, en Afrique, je n’ai jamais vu quelqu’un qui n’est pas fou, manger dans une poubelle. L’image de l’Afrique est véhiculée de manière à faire peur. Il y en a même qui ont peur de venir en Afrique. Tout est négatif. Ceux qui viennent en Afrique sont même déçus ou surpris de la découvrir contrairement aux idées reçues. A mon avis, maintenir l’Afrique dans des images comme ça, est un moyen, un argument pour toujours rester dans le continent et le piller. C’est aussi une source financière pour ceux qui prétendent aider depuis des siècles. Comment la superstition et la religion, ancrées dans les valeurs traditionnelles africaines peuvent-elle évoluer ? A mon avis,
il faut la sensibilisation, encore une fois, interpellation des médias
et artistes africains. Aider les populations à comprendre que
la superstition et la religion sont l’arme des ignorants, des
fatalistes. Que ces deux entités, religion et superstition, peuvent
être le repère culturel et spirituel des peuples mais,
pas, une raison de vivre comme nous le constatons dans des pays en Afrique.
La redéfinition de la notion de Dieu, serait très importante
pour le peuple africain. Ce travail doit être fait par la nouvelle
génération. La nouvelle génération de médias
qui, à un certain moment doit dire non à certaines choses.
En même temps, même si la nouvelle génération
de média et d’artiste veut rectifier le tire, s’il
n y a pas de vraie politique derrière le métier, les autres
resteront toujours puissants et dominants. Encore, la question de sa
propre image… La religion et les marabouts sont aussi liés et très présents dans la sphère politique. Il faut encore plus de temps pour réveiller les politiques… Tu sais,
chez nous il y a un truc drôle qui dit : « rien n’est
plus difficile que de réveiller quelqu’un qui ne dort pas
! » ce n’est pas possible, il ne va jamais se réveiller
car il ne dort pas de toutes façons. C’est donc une nouvelle
source pour les politiques qui aiment à se maintenir au pouvoir.
J’ai entendu dans un chant d’Alpha Blondy qui dit «
ces roitelets qui veulent entrer dans l’histoire par la petite
porte… ». Ce sont tous ces derniers bastions de dictateurs
qui sont dans le continent mais ils se verront rattraper par l’histoire
un jour, mort ou vivant. S’ils échappent au procès
de l’humanité, ils n’échapperont jamais à
celui de l’histoire. Le cinéma sera t-il aussi bien représenté que la musique internationalement ? La réponse
c’est que c’est toujours des problèmes financiers.
Je crois que nous, africains, devrions nous emparer de la vidéo.
L’orgueil mal placé fini toujours par s’écrouler.
Je ne suis pas très friand de la pellicule car cela coûte
cher. La qualité est irréprochable mais le cinéma
doit éclater avec la vidéo. Le problème est que
ce n’est pas cadré ; manque de formation chez les jeunes
pour écrire des histoires consistantes et faire des films plus
professionnels. On voit le Nigeria qui a explosé mais la qualité
du produit reste à définir. Cela a commencé à
bouger, on le voit. La liberté de parole est un message d’espoir ? J’ai
toujours mon regard sur l’Afrique et je critique ma société.
C’est ce qui fait avancer une société. On le voit
en occident. Mais je n’aime pas présenter tout cela dans
un climat de misère et d’obscurantisme. Propos
recueillis par B. Tiprez |
| © Clap Noir / 2008 |