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Extraits de la Rencontre-débat animée par Louis Héliot, organisateur de la 15aine du cinéma francophone. A l'honneur cette année, le cinéma contemporain en République Démocratique du Congo. Guy, vous avez été assistant sur le film de Thierry Michel et été confronté à une multitude de problèmes, est-il possible de filmer, parlez-nous de cette expérience. Guy kabeya J'ai rencontré Thierry Michel à l'occasion de la sortie du DVD « Mobutu, roi du Zaïre » à Kinshasa. C'était une expérience de terrain pour moi, on a été dans des zones fermées, très reculées. Dans mon film « Muswamba », que j'ai tourné à Kinshasa, dès que la caméra est dehors, les gens viennent demander les autorisations. Tout le monde se fait passer pour un agent de la sécurité. Dans le tournage de Congo River, on avait fait toutes les autorisations mais on perdait beaucoup de temps avec l'administration ; tous les papiers étaient vérifiés plusieurs fois par les services administratifs autour des lieux de tournage, ils téléphonaient, photocopiaient, on a perdu beaucoup d'heures comme ça. Quand on était dans la région de Likasi, on tournait dans une petite ville et on s'est fait arrêter, emmener à la GSP (garde spéciale présidentielle) et retenir pendant 9h. On a connu des tracasseries comme cela pendant le tournage. Djo vous avez été formé à l'INSAS à Bruxelles, l'enseignement que vous avez reçu a-t-il contribué à faire le cinéma que vous souhaitiez ? Djo Munga Je suis donc rentré au Congo au début de la guerre et il n'y avait effectivement rien. Le cinéma est un art de riche et il n'y a pas d'éducation à l'image. Là où d'habitude vous êtes motivés un peu plus tous les jours pour faire un film, je me rendais compte que je n'avais personne avec qui travailler et ne pouvais rien faire. Il faut donc voir le problème dans un cadre national ; ça veut dire qu'il faut former des gens, mais il faut amener le cinéma, implanter l'idée du rêve et donc bâtir une industrie. Il fallait que je travaille et j'ai commencé pour les TV occidentales qui font tourner au Congo. Le plus grand problème aujourd'hui, c'est que le Congo n'est pas rentable. L'image est tellement mauvaise que personne ne va vous donner 500.000 euros pour aller tourner au Congo. L'avantage c'est que les gens qui parviennent à mener leur projet au Congo sont des gens hyper déterminés, des cinéastes engagés et militants à leur manière. J'ai donc travaillé sur des projets documentaires pour des chaînes européennes et faisais office de producteur exécutif. Je ne partage pas l'avis de Thierry Michel et de cette légende d'autorisations qui circulent partout, c'est un mensonge. Il y a une autorisation au Congo et une seule. Chaque pays a sa spécificité et on ne débarque pas à Bruxelles comme à Kinshasa. Je pense que ce qui nous fait le plus grand tord et qui retarde le plus le développement possible du cinéma, c'est le mythe qu'on a autour des problèmes du Congo. Bien sûr qu'il y a des soucis de production mais avant tout, il faut savoir expliquer aux gens car au Congo, c'est l'art de la parole. Guy, vous vous êtes perfectionné dans la production, qu'est ce qui a fonctionné ou pas, entre vos activités à Kinshasa et en Belgique à La louvière ? Guy Bomanyama Pour avoir des facilités de tournage au Congo, j'ai créé une boite de production films. J'ai compris qu'il fallait établir une coopération avec les institutions à Kinshasa. Ensuite, j'ai souhaité structurer cette société en m'enregistrant officiellement au Ministère de la Culture et des Arts et en signant un partenariat avec la télévision nationale. J'ai fait mon 1 er documentaire entièrement dans la ville de Kinshasa. J'avais une seule autorisation et nous avons sillonné la ville sans problèmes. Avec une bonne autorisation, ça se fait tout seul. Comme je naviguais régulièrement entre Kinshasa et La Louvière , j'ai formé 1 personne à Kinshasa pour préparer les productions. Ma philosophie étant que la préparation et le tournage se font à Kinshasa et la post-production à Bruxelles. De plus, notre société a été pillée à Kinshasa et heureusement qu'une bonne partie du matériel était en Belgique. Avec « Domaine production », on essaye de produire d'une manière conventionnelle et cela fonctionne bien.
Béatrice, la situation à Lubumbashi ressemble t-elle à la capitale ? Qu'est-ce que sont les ateliers Vicanos ? Béatrice Badibanga Les ateliers Vicanos est un club ouvert aux artistes musiciens, peintres, photographes qui a pour but d'aider les jeunes à émerger. Autour de nos rencontres, on parle de nos difficultés et on s'encourage mutuellement. Balufu Bakupa Kayinda J'ai travaillé avec Djo Munga en 1999, il a été mon assistant et sommes allés travailler en côte d'Ivoire, ensuite j'ai rencontré Petna Ndaliko-Katondolo à Kampala qui faisait du théâtre et il m'a montré des images qu'il avait faites. Il m'a mis devant son téléviseur et s'est barré. Au bout de 13mn, je venais de voir quelque chose de formidable. Quand il est revenu, je lui ai dit que c'était un film et m'a rétorqué que ce n'étaient que des images. A partir de ce moment-là, j'avais le désir de lui transmettre ce que je pouvais en terme de cinéma. Quand on parle de formation et qu'on regarde les jeunes africains avec les subventions et tout ce que l'occident peut offrir à l'Afrique, souvent on déforme les jeunes en Afrique. On leur envoie des demies mesures, les derniers assistants, ils nous disent qu'ils ont fait des ateliers à Paris, à Bruxelles mais on se rend compte qu'ils n'ont pas été formés, ils ont été déformés. Ils n'ont pas acquit les fondamentaux et là, on « file le mauvais coton ». Former est un projet et on ne forme pas des gens qui n'auront pas de travail. On forme des tas de jeunes en Afrique qui ne feront jamais de films. Former, c'est amener quelqu'un vers son travail. On ne peut pas amener en Afrique le modèle occidental qui forme des chômeurs, ça ne doit pas exister. A partir de là, j'en ai discuté avec Guy et ses collègues et on a décidé de former sur les films. Dans mon dernier film « Juju factory » que j'ai tourné à Bruxelles, il n'y a que deux professionnels, le directeur photo et moi. Il est possible de former des jeunes en atelier directement sur le terrain et cela leur donne une confiance en eux mêmes. Ces gens méritent un autre projet pédagogique plutôt que faire des formations de 2 semaines avec des personnes qui apprennent elle-mêmes ce qu'elles sont censées enseigner. Carin Leclercq Propos recueillis par B. Tiprez (Clap Noir) |
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