Dans ce
documentaire, avant tout un film d'archives, on voit le mythe Sankara
s'exprimer, on l'entend parler, rire et prononcer ses discours mémorables
avec une verve incroyable sur l'indépendance alimentaire, l'impérialisme,
le néo-colonialisme mais aussi l'égalité entre
hommes et femmes, l'accès de tous à l'éducation,
la fin des privilèges... C'est très émouvant.
Président du Burkina Faso de 1983 à 1987, il est arrivé
au pouvoir à l'âge de 34 ans en tenue de capitaine militaire,
colt au ceinturon et livre de Marx en main, avec un humour ravageur
et de grandes ambitions.
Le film est construit selon une narration historique, avec une voix
off traditionnelle : on suit d'abord la progression de l'état
de grâce, de la fusion entre Sankara et le peuple Burkinabé
auquel il redonne en peu de temps une dignité. Dans la deuxième
partie du film, les relations entre la France et le Burkina sont clairement
établies. Un des extraits montre Sankara à côté
de Mitterrand lors d'un congrès africain à La Baule. Entre
deux hommes de gauche, on sent toute la différence. Sankara dérange.
Il est condamné. C'est son bras droit, son ami, Blaise Compaoré,
qui passera à l'acte pour assassiner un homme que beaucoup souhaitaient
voir disparaître, y compris en France, comme le suggère
le film, aucune preuve n'ayant été mise en évidence.
Un entretien avec celui qui est encore aujourd'hui le chef d'Etat du
Burkina montre dans son regard la lueur du crime.
C'est
justement le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré qui a dû
rendre la fabrication et ensuite la diffusion de ce film difficile en
Afrique
J'ai tenu
à montrer le film au Fespaco en 2007. En pirate, car la sélection
officielle n'a jamais donné de réponse (!), mais on ose.
Ils l'auraient pris, j'aurais applaudit des quatre mains du singe que
je suis pour le culot ! La projection a donc eu lieu au Centre de Presse
Robert Zongo, le off du off ! La salle était comble. Malheureusement,
je n'étais pas là. Ironie du sort, le Fespaco s'est approprié
le film dans sa gazette. Aujourd'hui, au Burkina Faso, la tension semble
se relâcher un peu, Blaise Compaoré a fait face à
l'affaire Zongo en 1998-99. Signe qui ne trompe pas, les témoins
ont finalement accepté de témoigner à visage découvert.
Mais il reste difficile d'y proposer le film.
Ensuite, le film a été montré dans une quinzaine
de festivals, notamment à Bangui où il a déchaîné
une tempête. La Centrafrique est l'un des derniers bastions d’irréductible
gaulois en Afrique, c'est une véritable carte postale de la politique
française en Afrique. On croit voir une multitude de sosies de
Foccard ! Le Ministre de la Culture a été limogé
à cause du film et le responsable de l'Alliance Française
s'est retrouvé sur la sellette.
Une diffusion sur Arte est prévue à la rentrée,
d'autres chaînes l'ont acheté, comme la chaîne parlementaire,
qui veut proposer un débat. Le Japon a aussi acheté le
film, ce qui me laisse espérer que l'Afrique n'intéresse
pas que la communauté africaine !
Pourquoi
ce film ?
Je voyage
beaucoup en Afrique notamment comme Journaliste Reporter Image. Sankara
est un mythe. Surtout, il a proposé des solutions africaines
aux problèmes qui se posent à l'Afrique. C'était
l'occasion de parler de ce qui est pour moi le principal problème
en Afrique, la politique.
Pour l'anecdote : en 1999, un ami africain me montre chez lui un portrait
de Sankara. C'est une icône dans toute l'Afrique. Il me parle
des marchés au masculin, du sport de masse, de tous ses thèmes
et m'explique qu'il a été assassiné par l'actuel
président du Burkina. C'est là que je décide d'en
savoir plus.
Je suis resté longtemps en Côte d'Ivoire. Etrangement,
tout le monde s'y revendique de Sankara. Gbagbo se revendique de Sankara,
mais les rebelles du Nord aussi...
Les
archives
Quand j'ai
eu accès aux archives de Sankara à l'INA, quand j'ai enfin
découvert son visage, j'en ai eu les larmes aux yeux. J'ai eu
du mal à trouver des archives en Afrique. Celles que j'ai utilisées
proviennent essentiellement de l'INA et de Suisse.
J'ai interviewé beaucoup de témoins mais je n'en ai gardé
que quelques uns. Je ne voulais surtout pas faire un film d'analystes.
Je n'ai gardé que des témoins qui avaient vécu
directement l'expérience ou connu personnellement Sankara.
On
sent une fascination pour Sankara dans le film
Si je n'avais
pas aimé Sankara, je n'aurais pas fait ce film. Sankara n'était
ni dogmatique, ni rigide. C'est un des rares chefs d'Etat intègre.
Un personnage messianique même s'il refusait le culte de la personnalité.
Pour moi, il vaut plus qu'un Ché, qu'un Fidel. Il n'a le sang
que de sept personnes sur les mains, lorsqu'il a réprimé
une tentative de coup d'Etat en 1983. Il le regrettait publiquement.
Il était d'une grande ouverture d'esprit. Catholique à
la base, il avait lu le Coran et ne mettait pas en avant une religion
particulière.
Il a eu des liens avec Kadhafi, mais ces liens se sont relâchés.
En fait, il essayait de prendre le meilleur de partout. Le castrisme
mais pas uniquement.
Pour autant, j'ai une approche de journaliste. J'essaie d'être
neutre. Ce n'est pas un film militant. Je ne suis pas sankariste. Le
film est un message à tous les chefs d'Etat : une intégrité
exemplaire.
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Propos
recueillis par Caroline Pochon (Clap Noir)
Thomas
Sankara, l’homme intègre de Robin Shuffield
Documentaire (France), 86 min, 2006
Distributeur: Zom Production International
Contact : Zorn Production International
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