Lussas
est un petit village en Ardèche, deux rues qui se croisent autour
d'une église. Mais Lussas, pendant les Etats Généraux
du documentaire (19-25 août 2007), c'est aussi cinq salles de
projections, des rencontres entre réalisateurs, producteurs et
même si plus rares, diffuseurs, un moment important pour les amoureux
du documentaire. L'exigence et la curiosité artistique y retrouvent
la convivialité. Jean-Marie Barbe, son sympathique et infatigable
fondateur, est un amoureux de l'Afrique. C'est pourquoi chaque année,
Lussas propose une très belle sélection de films, comme
dit Jean-Marie Barbe, "africains et Sur l'Afrique".

Rencontre avec un militant du documentaire en Afrique : Jean-Marie
Barbe
Cette année, la sélection "Afrique" a fait découvrir
au public de Lussas toute une génération de jeunes documentaristes
africains. Beaucoup sont issus de la structure AfricaDoc,
une pépinière de talents basée sur l'île
de Gorée, au Sénégal fondée et dirigée
par... eh, bien toujours par Jean-Marie Barbe. Celui-ci nous fait part
de sa démarche :
Qu'est-ce qu'AfricaDoc ?
"AfricaDoc est né en 2002, après un premier voyage
au Sénégal. La première résidence d'écriture
documentaire a eu lieu à Gorée, qui est devenu le lieu
fédérateur. La rencontre avec Maty Gueye,
qui s'est chargée de l'organisation sur place et de Gora
Seck, par la suite, entre autres, a permis à la démarche
de se pérenniser.
Est-ce qu'AfricaDoc est une forme d'école ?
Non, la structure est très légère. AfricaDoc rayonne
en réseau. Nous sommes déjà implantés au
Mali, au Niger, au Congo, bientôt au Burkina et au Sénégal.
Par la suite, nous avons convaincu deux organismes de financement :
la région Rhône Alpe et la Francophonie. Il y a d'autres
pistes. Pour l'instant, par manque de moyens, il nous est difficile
d'assurer le suivi des projets. "
On voit surtout apparaître de jeunes réalisateurs.
"Oui. Khady Sylla, Aïcha Thiam, Angèle Diabang Brener,
Fabinta Diop, Malam Sagirou du Niger, Mamadou Seydou Diallo, sont, entre
autres, de jeunes réalisateurs. Nous proposons une résidence
d'écriture, mais nous encourageons les réalisateurs à
continuer à se voir, pour ne pas mourir comme la génération
précédente, pour aider une nouvelle génération
à construire."
Peut-on
déjà dresser un bilan d'AfricaDoc ?
"Les
participants sont 10 à 12 par résidence, il y a 2 à
3 résidences par an, ce qui fait 20 à 30 personnes qui
passent par AfricaDoc chaque année. Lors de la résidence
d'écriture, nous accompagnons leur projet et leur apportons une
découverte du métier (question du point de vue, place
du réalisateur, découverte esthétique). Après
la résidence d'écriture, AfricaDoc soutient les projets,
amène des alliances avec des producteurs et... donne du courage
pour continuer."

Gora
Seck, réalisateur et coordinateur d'AfricaDoc, à
Gorée
Gora Seck est l'un des relais au Sénégal d'AfricaDoc.
Il est lui même réalisateur, passé par AfricaDoc,
issu de la fiction. Venu de l'université Cheikh Anta Diop de
Dakar, il a crée "les films de l'atelier" et produit
actuellement trois films issus des résidences d'écriture
d'AfricaDoc. Il témoigne de l'impact de la rencontre avec le
documentaire.
Vous avez découvert le documentaire et avez laissé
tomber la fiction
"La découverte à AfricaDoc du documentaire a été
un déclic. La formation a donné des clés. Le documentaire,
c'est le lieu de réfléchir à notre quotidien, notre
réalité, sans laisser l'Autre, celui qui vient d'Europe,
s'approprier cette réalité, en ne passant souvent que
trop peu de temps avant de s'approprier ces images."
"Pourtant, le documentaire au Sénégal est encore
très fragile. Il y a peu de structures de production et nous
faisons des efforts, vains pour l'instant malgré des promesses,
pour sensibiliser les autorités sénégalaises pour
un soutien financier. Le point positif, c'est l'arrivée du numérique,
qui nous offre la liberté, de toute façon."
Quel rapport avez vous avec les anciens ?
Les seuls que l'on puisse citer sont Samba Félix N’diaye
et As Thiam. Ils ont d'ailleurs joué un rôle
important dans la mise en place de structures de formation, comme le
Médiacentre à Dakar. Ils avaient le désir
de transmettre. En fiction, en revanche, c'est le fossé total.
Quels sont les rapports entre une structure de production sénégalaise
comme le Médiacentre et une démarche comme AfricaDoc ?
Malheureusement, cela manque de concertation. Il y a des invitations
mutuelles à voir des films mais pas de réelle collaboration.
Tant qu'il n'y a pas de financement de la part de l'Etat (qui s'est
dégagé de son soutien aux artistes depuis le départ
de Senghor), nous ne pouvons être sauvés que par un coproducteur
européen. En revanche, les rencontres documentaires de Gorée
permettent de rencontrer des producteurs européens. Pour mieux
asseoir cette politique, nous travaillons, à AfricaDoc, à
la création d'une collection qui sera nommée "Lumières
d'Afrique",
Que
l'on découvrira sur les écrans, de Lussas et d'ailleurs...
d'içi
un an et demi - deux ans.
Propos
recueillis par Caroline Pochon (Clap Noir)
Informations sur Africadoc Le site des états généraux du documentaire :
www.lussasdoc.com/ africadoc / index.html
Le site d'Africadoc (francocophone, anglophone et lusophone):
www. africadoc .org/fr
www.clapnoir.org