Exigeant et bouleversant, "le cercle des noyés" impose dès les premières images la profondeur de sa réflexion. A l'image, en silence, de longs plans fixes, toujours en noir et blanc. Une chambre africaine dénudée. Une rue. Une route. Des bêtes. Un quotidien lent et stylisé. Un abattoir de chameaux. Et puis apparaissent des visages. Une seule voix, Peule, intimiste et cassée par les années de souffrance, va parler pour eux. Eux, ce sont ceux que l'on appelle "le cercle des noyés". Les militants pour la cause Noire accusés de collaboration à un coup d'Etat par le régime Mauritanien du Président Ould Taya en 1987 et emmenés au fort de Oualata, au fond du désert. La prison mauritanienne La voix dit les souffrances, les humiliations, la torture, la mort des autres, l'attente. A l'image, nous sommes derrière une muraille, une fenêtre trop étroite. Minimaliste, la bande son enregistre le moindre bruit : de la musique venue des radios des gardes, le passage d'un camion, le vent. " A force d'être coupée du monde, l'ouïe devient fine" . Pas de plainte, un récit. Nu et sans concession. Lever la loi
du silence, plus de dix ans après Bien sûr, derrière la spécificité de la situation Mauritanienne, derrière la manière très fine dont le réalisateur belge a su rendre l'atmosphère particulière du désert africain, ce récit fait écho à bien d'autres, encore tus ailleurs, et donne de l'exil politique ainsi que de la torture une interprétation forte, à la fois poétique et universelle. Caroline Pochon |
| © Clap Noir / 2007 |