Zulu Love Letter
De Ramadan Suleman

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C’est un film « coup de poing », c’est-à-dire percutant de la première à la dernière séquence et qui vous laisse KO, passé le générique de fin. Des images contemporaines (Johannesburg, années 1990) qui constituent le fil rouge de l’histoire aux flash-back stylisés tendance stroboscopique, savamment orchestrés, tout est force.

Cette force émane du personnage de Thandeka, l’héroïne du film, une journaliste noire engagée, radicale même, dont le film épouse majoritairement le point de vue. Femme de combat, elle s’illustre sur des fronts multiples : engagement politique pour la cause de son peuple au risque de se faire licencier, lutte pour se faire une vraie place de mère auprès de sa fille sourde-muette longtemps élevée par les grands-parents, combat psychologique enfin pour essayer de vivre avec le souvenir traumatisant de violences subies quelque dix ans plus tôt… L’intrusion dans sa vie d’une vieille femme, qui la supplie de l’aider, va lui donner l’occasion de les dépasser. Thandeka accepte finalement de témoigner devant la Commission Vérité et Réconciliation du meurtre de la petite Dinéo, auquel elle assista jadis et affronte du même coup sa propre histoire, ses propres hontes. Condition sine qua non pour avancer…



Le spectateur peu au fait de l’Histoire récente de l’Afrique du Sud aura quelque mal à se frayer un chemin dans la compréhension des enjeux politiques qui touchent Thandeka, ses proches et ses adversaires : quelle est la véritable nature du conflit qui est peu à peu mis en lumière ? est-il racial seulement ou plus complexe ? Sans une bonne connaissance de ce terrain-là, on risque de passer à côté de la finalité même du film. Reste la dimension humaine, l’histoire d’un personnage, magnifique Thankeda, femme bouleversante et bouleversée, en rébellion permanente, sidérante de vitalité. Il faut saluer ici la performance de l’actrice Pamela Nomvete, si présente qu’on en oublierait presque les autres acteurs - ce qui serait injuste, ils sont tous bons et en particulier sa fille dans le film et son compagnon d’infortune devenu fou.



Ce film, qui parle d’une minorité opprimée, touche au cœur, de toute façon. Il est beau, juste, violent. Il est comme Thandeka, sans concession. Car Ramadan Suleman a l’art de mettre en scène des militants de la Justice et de la dignité humaine sans pour autant verser dans les bonnes intentions. Ses personnages sont épais, profonds, rugueux, jamais d’un bloc. Pareils à ces êtres qui, ayant souffert dans leur chair, défendent noble cause et mènent grands combats, mais peinent à vivre simplement le quotidien, avec ses petites joies et ses petits tracas.

Anne Sophie Birot
Clap Noir    

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