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L'homme qui fait parler de lui au pavillon du Sud à Cannes 2006 est un homme nouveau, un self made man. Il n'a pas acquis ses lettres de noblesse auprès des ministères mais a retenu leur attention en faisant cinq long métrages en deux ans, des films qui font un tabac en salle et en vidéo au Burkina Faso : Boubacar Diallo. "L'or des Younga" est un western burkinabé réalisé en 2006, en numérique, avec environ 40 000 euros. Comment fait-il ? Il semble prendre à son compte la recette de "Nollywood", le cinéma nigérian, dans l'espace francophone. Pionnier, il s'est emparé du numérique, offre une vision particulière de la production, pour un cinéma qui se veut populaire et accessible. Sa démarche est, selon Jean Pierre Garcia, responsable du festival d'Amiens, emblématique d'un mouvement récent de prise de parole, à travers des cinéastes qui s'emparent sans complexes du numérique. On note le phénomène dans la plupart des pays du continent.
La démarche de Boubacar Diallo est d'aborder le cinéma par le film de genre (aventure, amour, comédie) : polar avec "Traque à Ouaga", "Dossier Brûlant" ou "Code Phénix" (primé à Vues d'Afrique 2006). Avec "L'or des Younga", il traite le western à la sauce burkinabè : des chercheurs d'or vêtus comme des cow boys, à cheval ou à bord de Harley Davidson, sont en lutte contre le propriétaire d'un terrain qui revient après des années d'absence pour cultiver le coton. Les enjeux typiquement africains se mêlent aux codes du genre. Et ça fonctionne. Le paysan burkinabé a peut-être plus à voir avec le cow boy texan qu'on ne pourrait le penser. Pour Moussa Toure, un cinéaste qui a pris ses distances avec la fiction classique pour s'intéresser à l'Autre à travers le documentaire, avec des structures de production et des conditions de tournage plus souples, le numérique correspond à l'informel en Afrique : "c'est une soupape, comme les voitures qu'on retape indéfiniment dans les faubourgs de Dakar". Autodidacte, Boubacar Diallo n'a aucune formation au cinéma. Il a fondé une revue satirique qu'il dirige depuis quinze ans et s'est mis à écrire des scénarios. Comme il ne trouvait personne pour les réaliser, il s'est improvisé réalisateur. Et non sans talent. Les plans américains, les champ contre champ épurés, l'atmosphère de son film renvoie à la grammaire cinématographique du western. Il crée pour cela sa production : Les films du dromadaire. Il finance ses films en faisant appel à des sponsors (téléphonie, eau minérale, motos, loterie), s'appuie sur quelques institutions (ministère de la santé) car son film évoque aussi, via le genre et avec humour, des sujets plus graves, comme la lutte contre le sida. Comme Boubacar Diallo l'explique, le genre n'est pour lui qu'un moyen de rendre accessible au grand public des sujets sérieux, et non l'inverse. Il s'inscrit en faux contre un cinéma didactique et ennuyeux.
Ce qui retient l'attention, c'est le succès de ces films sur deux terrains complémentaires : en salle et en vidéo. Le film sort en salle à Ouagadougou puis est diffusé dans les cinémas de quartiers, (1000 francs CFA l'entrée). "au début, j'étais obligé de louer un projecteur vidéo dans les grandes salles mais aujourd'hui, elles sont équipées". Beaucoup de salles restent encore à équiper. Ensuite, le film est copié en DVD et VCD. "On occupe le terrain" : les coûts sont les plus bas possible (environ 1000 francs CFA, 1.5 Euros), seul moyen selon Boubacar Diallo de court-circuiter la piraterie. L'artiste mène donc une réflexion économique et aborde le cinéma, de l'écriture à la distribution, avec un regard pragmatique et original. Pour lui, le numérique est un marché "de Dakar à Libreville". Les réactions du public en Afrique Centrale à son film ont été les mêmes qu'à Ouagadougou. Il existe donc selon lui un grand marché qui ne demande qu'à être développé. Ceci est d'autant plus vrai que les propriétaires de salles à Ouagadougou étaient selon lui jusqu'à présent méfiants vis à vis du cinéma africain. D'après lui, c'est à un cinéma africain populaire de convaincre ces derniers de programmer davantage de films made in Africa. A suivre... Caroline Pochon (Clap Noir) Site web du dromadaire: http://www.filmsdudromadaire.com |
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