
Sanvi Panou, réalisateur et comédien, dirige depuis quinze ans le cinéma Images d’Ailleurs à Paris. Un anniversaire marqué cette année par un festival qui dresse des Etats généraux du cinéma noir, dans la continuité d’années de programmation dédiées aux cinématographies peu diffusées.
Le festival Images d’Ailleurs est avant tout lié au cinéma du même nom. Comment est né ce lieu ?
Cet espace est né en septembre 1990, suite au constat douloureux de l’absence de diffusion du cinéma africain et du cinéma noir. Nous sommes basés au cinéma de la Clef, qui fut le cinéma de la Nouvelle Vague. Il a été transformé pour être à l’écoute d’un cinéma peu diffusé. Vous savez, il faut cinq à huit ans à un cinéaste africain pour faire un film. Sur les films achevés, seulement 1 à 10% sont distribués. De plus, les salles ne les gardent que peu de temps à l’affiche, environ 8 à 10 jours.
Le festival, c’est une solution pour les films peu diffusés ?
Les festivals ont cet avantage de mettre en vitrine les films qui ne sont pas distribués. Mettre en avant des films peu connus peut être une opportunité pour ceux-ci. Le but est aussi de les montrer à des acheteurs et des distributeurs. Le festival est également l’occasion d’organiser des tables rondes sur les difficultés de diffusion, et j’espère qu’il en découlera beaucoup de réflexion.
Qu’est-ce que le festival apporte à la programmation annuelle ?
Le festival est chaque année l’occasion d’un grand rassemblement sur un thème différent. Cette fois, pour les quinze ans d’Images d’ailleurs, la volonté était de faire des Etats Généraux du cinéma noir.
Qu’est-ce que la programmation a de particulier ?
Elle trace l’histoire du cinéma africain. Il s’agit de montrer en quelques films le parcours du cinéma noir, notamment grâce à de grands classiques qui sont aux fondements de ce cinéma. Il y aura aussi quelques films cultes, inconnus du public européen et de la diaspora. Le but est donc double, portant à la fois sur le patrimoine classique et la découverte d’autres films moins célèbres.
Justement, le festival programme des films très diversifiés, venant de pays et de continents différents. Au-delà d’appartenir au « cinéma noir », qu’est-ce qui les lie ?
Je dirais la volonté de se déterminer sur le plan identitaire et culturel. La plupart des films ont été réalisés dans un esprit de lutte, de combat. On peut dire qu’ils marquent une certaine volonté du monde noir de s’affirmer par le 7è art.
Dans la production récente, le documentaire tient une grande place…
C’est un genre qui a beaucoup d’intérêt. C’est vrai qu’il est important en terme de production, mais c’est aussi une école, une initiation. Et il faut souligner qu’il n’est pas que ça, qu’il peut être une option de création. Tous les documentaires ne sont pas réalisés par des débutants, c’est un univers très riche. Nous pensons que c’est un genre à part entière et qu’il mérite d’être célébré comme tel.
Julie Petignat (Clap Noir)
Festival Images d’Ailleurs
Du 28 avril au 08 mai 2006
21, rue de la clef, face au 29 rue Daubenton, 75005, Paris
www.clapnoir.org