Le mercredi 27 septembre 2006, le ministre français délégué aux anciens combattants, Hamlaoui Mékachéra annonçait : "Il n'y aura plus de différence, dans ces deux prestations que sont la retraite des combattants et la pension d'invalidité, entre les ressortissants de ces pays et les nationaux français". Depuis 1959, ils sont des milliers d’anciens combattants africains qui attendaient la fin de cette injustice. Injustice car, les anciens combattants français perçoivent une indemnité digne de ce nom et les africains pas. Cette décision a été prise par le gouvernement français à la suite de la projection sur les écrans français du film Indigènes de Rachid Bouchareb. Dans cette fiction de 128 minutes, le réalisateur retrace l’histoire des indigènes, ces tirailleurs africains qui ont combattu aux cotés des alliés pour la libération de la France. Des sujets traitants des africains dans les deux guerres mondiales ont été plusieurs fois mis en scène. En 1968, le cinéaste nigérien Oumarou Ganda dans son film autobiographique Cabascabo, racontait l'anecdote d'un jeune soldat qui voit ses compagnons tomber sur les champs d'honneur pour une cause à laquelle ils se sentent complètement étranger. Notons qu’à 17 ans, Ganda s’engageait dans le corps expéditionnaire français comme tirailleurs. Sembene Ousmane, lui aussi est un ancien combattant. En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais. En 1971, il tourne Emitaï. Ce long métrage raconte un fait qui se déroule dans la Casamance durant la période coloniale. La guerre fait rage en Europe, et le Gouverneur du Sénégal demande au Colonel Armand, commandant de la région Casamance, de réquisitionner le riz pour nourrir les troupes.
En 1988, Il présente le film Camp de Thiaroye. Malgré le prix spécial du jury qu’il a reçu au Festival de Venise, Camp de Thiaroye fut censuré en France. Un bataillon de tirailleurs africains est rapatrié en 1944 au Sénégal après de loyaux services pour la France pendant la Deuxième guerre mondiale. Il ne manque plus à ces braves hommes que de recevoir leur pécule et leurs indemnités, avant de regagner leurs villages respectifs. Rassemblés dans un camp de transit, leur fierté d'anciens combattants fait bientôt place à la désillusion devant les promesses non tenues, concernant en particulier leur pécule, les humiliations et le racisme de la hiérarchie militaire. Ils se mutinent et s'emparent d'un général. La répression fera vingt-cinq morts et de nombreux blessés. D'autres seront emprisonnés.
En 2003, le burkinabè Sanou Kollo rempile avec Tasuma. C’est l’histoire d’un ancien combattant burkinabè qui n’arrive pas à percevoir sa pension. Après maintes tentatives, son fusil en main, il se précipite chez le préfet et le prend en otage. Sanou Kollo n’a pas fait la guerre. Mais, en vertu de son devoir de cinéaste, celui d’être la mémoire d’un peuple, il a fait ce film pour les légendaires héros sacrifiés des guerres qui sont toujours présents dans des familles au Burkina Faso. Sanou Kollo disait de ces anciens tirailleurs que « Les autres ont eu droit à la pension proportionnelle et à 65 ans tous ceux qui ont effectués 90 jours sous le feu ont droit à la pension dite retraite du combattant. Respectés et entourés, ils sont les éléments toujours vivants de la saga africaine. » Candide Etienne |
| © Clap Noir / 2006 |