
Pourquoi avoir choisi la forme narrative d’un plaidoyer ?
C’est un film que je fais, pas un procès. Le tournage a duré une semaine, pendant laquelle nous tournions huit à neuf heures par jour, filmés en permanence par quatre caméras. Il n'y avait aucune répétition. Pendant les deux ans de préparation, j’allais beaucoup aux procès.
Avez-vous scénarisé les dialogues ?
Non. Toutes les scènes sont improvisées. C’est au casting que j’ai choisi mes témoins. Tous jouent leur propre rôle. Les deux avocats sont de vrais avocats. J’ai donné le mauvais rôle à Roland Rappaport, un contre emploi total pour lui. Nous avions installé une vraie complicité entre nous. Il prenait son rôle très à cœur.
Quel message avez-vous voulu donner en réalisant Bamako ?
Ce n’est pas un film de colère. Un jour, un vieil homme m’a dit : « sois sûr que ce film ne va pas changer le continent, mais s’il est positionné, ils sauront que nous savons. » Ce qui est fondamental pour moi, c’est de montrer que l’Afrique est consciente de ce qui lui arrive.
Pourquoi avoir introduit un western au milieu de votre film ?
Le procès qui durait 2 heures pouvait ennuyer le public, le western était une pause.
Bamako est très différent de vos précédents films ?
Avant je faisais des films de correspondance, là j’ai voulu rester sur place, vivre avec les gens. Je me suis beaucoup documenté.
Qui sont les personnages autour du procès ?
Il y a trois groupes de protagonistes. Ceux qui habitent la cour qui sont les membres de ma famille. Il y a les teinturières qui sont actrices et les témoins que j’ai choisi parmi des associations maliennes.
Vous avez gardé une scène où un personnage ne parle pas. Pourquoi ?
Ce n’est pas la parole qui est importante, c’est le sentiment. L’instituteur par exemple est représentant pour moi de ce silence.
Pensez-vous que votre film peut changer le regard porté sur l’Afrique ?
L’Afrique est un continent très peu écouté. J’ai fait ce film pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas. J’ai voulu me substituer aux gens, j’ai un rôle de passeurs d’idées.
Propos recueillis par Isabelle Audin
Clap Noir