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Dans le froid de la Picardie, à une heure de Paris en TGV depuis la gare du Nord, les cinq continents nous font découvrir leurs cinéma, et trois mois avant Ouaga, on découvre le cru 2006 du cinéma africain.
Longs métrages En compétition également, « Les oiseaux du ciel », le film de la Française Eliane de La Tour, dont nous parlerons plus longuement plus tard. Il évoque, avec beaucoup de réalisme et des dialogues savoureux, mélange d’humour et d’amertume, les galères entre Europe et Afrique de deux amis qui immigrent. Selon l’expression de l’Ivoirien Armand Gbaka-Brédé, dit Gauz, qui a collaboré à l’écriture du scénario, il s’agit d’un film totalement africain, même si ce n’est pas un film « d’Africain ». Une distinction qui retient notre attention. Même problématique pour le très joli « Rêves de poussière », du Français Laurent Salgues, tourné au Burkina avec un casting totalement burkinabé et une équipe technique en grande partie africaine. D’après les confidences du réalisateur, dont c’est le premier film, le film serait sélectionné au Fespaco, mais on ne sait pas encore s’il aura droit de concourir en compétition africaine, n’étant pas africain… Pour son film, le réalisateur a passé beaucoup de temps dans cette mine d’or qui l’a « fasciné » dit-il. Il y a même trouvé sa femme (Fatou Tall-Salgues), qui interprète le rôle féminin dans le film. Ici, à Amiens, le film a reçu un prix spécial du jury. A travers l’histoire de Moctar, magnifiquement interprété par le comédien sénégalais Makena Diop, dont la présence filmique irradie la pellicule, on découvre la vie très dure d’une mine d’or artisanale, au fin fond du désert. Un réalisme social qui tend vers l’onirisme quand le désert réveille les hallucinations, une histoire simple et bien racontée, une réalisation maîtrisée, de beaux personnages : c’est du cinéma. Vu par quelques happy fews au festival de Cannes cette année, on retrouve ici « L’or des Younga » le western du Burkinabé Boubacar Diallo, interviewé par Clap noir pendant Cannes. Fait avec peu de moyens et sans subventions, tourné en numérique, avec humour, action et plans américains, le film signe, on l’espère, un renouveau du film de genre à la manière africaine. Distribué avec succès au Burkina, il semble que le film n’ait pas connu jusqu’à présent une carrière européenne. Pas forcément recherchée d’ailleurs par son réalisateur, qui revendique son ancrage africain, et vis-à-vis du public africain. Une approche audacieuse qui a séduit notamment Jean-Pierre Garcia, qui dirige le festival d’Amiens. Enfin, l’ovni du festival était présenté en film de clôture. Il s’agit de « Africa paradis », de Sylvestre Amoussou, un jeune réalisateur béninois, qui signe ici une comédie satirique audacieuse, pour ne pas dire couillue sur le thème des rapports franco-africains. Les « pauvres immigrés clandestins » sont les Français, Pauline et Olivier qui sollicitent la générosité de leur pays d’accueil. Sylvestre Amoussou, avec un incontestable talent comique, campe un homme politique africain à la fois naïf et idéaliste, qui lutte pour soutenir les sans-papiers de son pays et finit par tomber amoureux de Pauline, sa femme de ménage française... Une intrigue simple, bien ficelée, un récit dynamique et surtout un humour auquel les festivaliers ne se sont pas trompés. Pour cette dernière projection à 22h30, la salle était pleine, les rires fusaient. Le jeune réalisateur et comédien, aussi chaleureux et empathique dans la vie qu’à l’écran, explique qu’il cherche désespérément un distributeur en France et que pour l’instant, il n’a trouvé preneur qu’en Belgique et au Canada. Un bon début, on espère.
D’autres films
Beaucoup de réalisateurs français ou européens sont, encore cette année, inspirés par l’Afrique. C’est le cas de Laurence Gavron avec « Saudade à Dakar ». La réalisatrice, qui vit maintenant à Dakar, a filmé dans le quartier capverdien la musique nostalgique et douce de l’exil. Il y a aussi « Sounou Sénégal » de Jean-Pierre Lenoir, un film sur la famille du réalisateur, qui posséda, à l’époque coloniale, un grand hôtel à Dakar. Et encore « Un couple inséparable : la France et l’Afrique sous la cinquième république » de Jean-Michel Djian, une approche historique et documentée. Caroline Pochon |
| © Clap Noir / 2006 |