| Le Fespaco 2005 a programmé plus de 170 films, la plupart n’ayant pas encore été distribués ou simplement vus pour la première fois. La majeure partie de ces cinéastes vont solliciter les circuits de diffusion et distribution français avec leur bébé fraîchement sorti du labo. Dans quelles conditions ?
Le cinéaste doit attaquer plusieurs sillons de front et se transformer en véritable chef d’entreprise. En parallèle, les réalisateurs sollicitent les mécanismes de soutien à la promotion et à la distribution des films d'Afrique, de la Caraïbe et du Pacifique (ACP). Ces aides s’appliquent en France (la plupart issues du Nord) et sont bien connues de tous : Ils existe d’autres aides à la diffusion, comme Africa Cinéma, mais dont le champ d’action est exclusivement dans les pays ACP. Lors du lancement d’un film de la diaspora africaine sur les écrans français, les cinéastes s’orientent vers le réseau AFCAE (Association française des Cinémas Art et Essai). D’une part à cause de sa forme cinématographique qui le présente souvent comme un film d’auteur, d’autre part, par son budget qui limite le nombre de copie. Ces salles Art et Essai abritent mille écrans en France et sont un atout non négligeable pour voir les films. En défendant les expressions culturelles minoritaires, la Médiathèque des Trois Mondes (MTM) cherche à favoriser la distribution en France des films d’Afrique, d’Amérique latine, et d’Asie. Elle accompagne le cinéaste au montage de la distribution de son film. Mais ce qui semble le plus coûteux et laborieux est tout le travail de promotion autour du film. Le public français ne connaît pas les cinémas d’Afrique. Il a des à priori, des images poussiéreuses et inexactes. A cela s’ajoute le faible intérêt des professionnels de la distribution par manque de rentabilité. De nombreux films ne restent que deux semaines à l’affiche et ne bénéficient pas d’une bonne couverture promotionnelle ; pour un film à petit budget, la distribution reste chère. Un seul lieu programme régulièrement les films du Sud à Paris, le cinéma Images d’Ailleurs tenu par Sanvi Panou. Des espaces de projections et de débats, accueillant le réalisateur, permettraient plus facilement au public de comprendre et découvrir cette cinématographie. Les Maquis Culturels de Clap Noir et le ciné-club du musée Dapper, dédié aux cinémas de la diaspora africaine, vont dans ce sens. Les agents de presse doivent mettre en place une promotion efficace, simultanément dans plusieurs villes en France : mobiliser le réseau des associations pour informer, expliquer et inviter le public au débat. Impliquer les élus locaux pour que les structures socioculturelles agissent sur le terrain, c’est un travail de fourmi ! Le film doit s’installer dans des lieux suffisamment longtemps pour que le bouche à oreille fonctionne. Les cinéastes malchanceux de voir leur film recalé dans les festivals ou auprès d’un distributeur se tournent alors vers les télévisions. A part les films qui bénéficient d’un pré-achat des droits de diffusion avec en contre partie, l’exclusivité de la diffusion par la chaîne sur une période fixée, le désintérêt des télévisions du Nord pour ces cinémas va croissant. Arte, Canal +, France2 et France3 cinéma peuvent co-produire et donc diffuser mais c’est très rare. Dans un autre ordre, CFI et TV5 achètent et diffusent régulièrement les films africains mais les montants d’acquisitions des droits sont faibles et ne permettent pas au réalisateur d’en vivre. Les cinémas d’Afrique manquent cruellement de visibilité sur la place publique en France. Un manque entretenu par des préjugés, le désengagement des distributeurs et exploitants, et le désintérêt des télévisions. Une situation difficilement supportable quand on sait que la cinématographie africaine est sous perfusion européenne. Dans la découverte, la plupart du public français ne connaît pas la diversité de ces cinémas. Indéniablement, l’une des solutions pour communiquer, sensibiliser et orienter le public vers les salles serait de favoriser les échanges entre les professionnels et les associations. Encore faut il que chacun ne prêche pas que pour sa chapelle et là, tout reste à faire ! Benoît Tiprez Quelques sites de référence |
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