Tasuma
La galère des anciens combattants

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Photo : Didier Bergounhoux

L’histoire reconnaît que les africains ont fortement contribué à la libération de l’Europe du joug de l’oppresseur nazi. Mais, où sont passés nos héros de guerre ? Que sont devenus ceux qui ont participé à la libération de la métropole ? Plusieurs sont morts. D’autres vivent encore et se battent encore. Ils se battent pour une hypothétique pension.

L’histoire n’a pas encore oublié ces hommes qui, un jour ont été recrutés et embarqués vers des terres inconnues. L’histoire des hommes qui ont bien voulu se sacrifier pour libérer leurs oppresseurs. C’est l’histoire de ces hommes que Sanou Kollo a porté à l’écran.

Le sujet très pertinent que Kollo Sanou traite à travers « Tasuma » est encore d’actualité. De nombreux tirailleurs encore en vie continuent de réclamer leurs pensions. Ces mêmes hommes qui ont combattu pour des causes qui n’étaient pas les leurs, pour la plupart sont morts pauvres et démunis sans avoir la juste récompense de leur participation aux deux guerres mondiales et aux campagnes d’Indochine et d’Algérie.

Le film relate l’histoire d’un ancien combattant burkinabé ayant fait la guerre aux côtés des français. Après avoir vécu les moments forts des champs de bataille, Sogo revient au village où il attend sa pension. L’enthousiasme du vieux tirailleur est brisé face à une longue attente. L’argent ne vient pas et après avoir reçu des promesses de paiement rapide, il achète à crédit un moulin pour le village. Incapable de respecter les échéances de son prêt, Sogo est mis en prison. La solidarité villageoise se dévoile et les femmes du village décident de se mobiliser pour rendre à Sogo sa liberté…

Une belle histoire que Kollo Sanou a nourrit depuis 1989. En ces temps, il lui vient à l’esprit de réaliser un film de fiction sur « l’histoire d’un tirailleur sénégalais qui à sa libération de l’armée française avait des difficultés pour rentrer en possession de sa pension ». Au fil du temps, avec beaucoup de contraintes, l’histoire a évolué pour "accoucher " de « Tasuma ».

"« Tasuma » est un témoignage d’une réalité que j’ai constaté depuis mon enfance et qui est liée au sort réservé aux anciens tirailleurs sénégalais du Burkina. Plus précisément à des personnes que j’ai connues qui sont mes parents, des oncles du village et dont beaucoup ont disparu. J’ai symbolisé le titre « Tasuma » par la guerre, le feu. Tous ceux qui vont à la guerre pour bénéficier de la pension de retraite comme cela a été dit dans le film doivent avoir fait 90 jours sous le feu. C’est juste pour le symbolisme", nous confie Kollo Sanou.

Le film qui a connu un franc succès auprès des cinéphiles avant même sa sélection au Fespaco, le devrait aussi certainement par la carrure de son acteur principal. Mamadou Zerbo qui a interprété le rôle de Sogo est un instituteur à la retraite. " Il m’a franchement étonné par sa carrure, sa résistance, sa capacité à s’adapter. D’entrée de jeu, il a compris la portée du sujet… même pendant le tournage, il m’a toujours assuré que le film va bien se terminer, et avoir une bonne carrière. Il était convaincu que nous faisions un travail d’intérêt ", continuait Kollo Sanou, parlant de Zerbo.

Et ce n’était plus une surprise lorsqu’à la 19ème édition du Fespaco qui s’est déroulée du 26 février au 05 mars 2005 à Ouagadougou, le film « Tasuma » a su se faire une place de choix dans les différents palmarès. Etalon de bronze de Yennenga, Prix spécial système des Nations Unies pour la lutte contre la pauvreté, Prix de l’intégration africaine.

Malgré toutes ces distinctions, Kollo Sanou reste enveloppé d’une surprenante simplicité. " On ne fait pas des films pour les festivals. On les fait pour notre public. Si les festivals les réclament, c’est parce qu’ils reconnaissent que ce sont des œuvres de bonne qualité. "

« Tasuma » a sans nul doute encore des festivals à découvrir et de grandes salles à remplir car le film n’a pas fini de séduire les cinéphiles.

Mamane Sani Abandé Moctar


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