Entretien avec Taeb Louhichi
Les productions cinématographiques africaines ne devront
pas continuer à être assistées...

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Le cinéaste tunisien
Taïeb Louhichi

Il s’appelle Taïeb Louhichi. Un cinéaste engagé de la Tunisie. Son film " La danse du vent" était en compétition officielle à la 19è édition du Festival Panafricain de Cinéma et de Télévision de Ouagadougou, le Fespaco. Ayant étudié le cinéma et la sociologie à Paris, il a à son actif plusieurs courts et longs métrages. On peut citer : "Mon village, un village parmi tant d’autres" ; "L’ombre de la terre"; "Leila ma raison" et "Noces de lune". Son franc parler face à l’hypocrisie qui caractérise la procédure de financement des productions africaines est à fleur de langue. Dans cet entretien il nous dévoile son point de vue sur la faiblesse de la diffusion des réalisations africaines sur le marché international et les issues possibles pour faire sortir le cinéma africain de la tutelle des "partenaires du Nord" afin d’aller à l’assaut du public africain.

Propos recueillis par Sessi Tonoukoin à Ouagadougou.

Le Progrès : Face aux difficultés de financement du 7è art africain et la faiblesse de sa diffusion sur le marché international, quel regard porté vous sur pareille situation ?

Taïeb Louhichi : Je pense que nous pouvons faire plus et mieux. Nous avons aussi la prétention de séduire et de trouver notre place à l’étranger. Ce qui nous préoccupe maintenant c’est notre public qui africain, et nous n’avons pas les moyens d’y accéder, à part quelles que initiatives louables de l’Agence de la Francophonie, qui a acquis les droits de plusieurs films qu’elle présente dans les campagnes africaines en DVD et puis quelles que télévision comme Tv5 ou Canal Horizon qui présentent nos films, le festival de Ouagadougou et de Carthage, de Ouidah et de l’Afrique du Sud, le public n’a pas accès aux films africains. C’est dommage. Alors qu’il s’agit d’un grand marché potentiel que nous avons et que nous n’exploitons malheureusement pas.

Mais pourquoi ce marché n’est-il pas envahit et exploité par les cinéastes africains ?

Puisqu’il n’y pas une politique de distribution. Parce que aussi nos diffuseurs ou nos décideurs au niveau de la distribution attendent une aide de l’étranger pour pouvoir organiser ce circuit. Et je trouve qu’avec des moyens artisanaux, nous pouvons montrer nos films. Cela sera rentable, car les gens payeront un franc symbolique. Je vous assure que ce sera une première action de propagande pour notre cinéma, de visibilité pour notre cinéma. Nous pouvons l’offrir même s’il le faut. Mais ça nous n’en avons pas besoin, car notre public est prêt à payer pour voir notre film, même quelque chose de symbolique.

Malgré tout cela, croyez-vous en l’avenir du cinéma africain ?

Mais oui. J’y crois, dans la mesure où il y a des individus qui se battent et continuent. Malgré tous ces obstacles nous produisons et fournissons de films. Nous nous battons et je trouve ça très important. Et c’est là l’espoir du cinéma africain.

Au niveau du financement des productions africaines dont la source aujourd’hui est logée chez les partenaires du Nord, croyez-vous qu’il est possible de mettre en place des actions de synergie au Sud pour que le cinéma africain soit fiancé par la coopération sud-sud ?

Oui cela est faisable et possible, si nous concevons un cinéma adapté à nos moyens, nous pouvons le faire. Moi je ne suis pas contre les aides étrangères, quand elles sont bien motivées et de bonne foi. C’est le cas de quelques organismes qui s’intéressent de près au cinéma africain et je n’en doute pas. Ceci dit, nous ne devons pas continuer à être assister. Nous pouvons accepter de coproduire d’être présent. Il y a quelques pays comme la Tunisie, le Maroc le Burkina qui apportent de l’argent étatique qui contribuent même si on peut faire plus. Mais il y a moyen de financer rien que part l’infrastructure ou des dons de matériels de cinéma par les centres de cinéma ou des services nationaux de cinéma ; cela peut aider à faire un film et faire en sorte que ça devienne un enjeux national. Par exemple les compagnies aériennes, les hôtels, les sociétés d’états et autres peuvent contribuer à financer un film.

Un mot à l’endroit du public béninois qui n’a pas encore découvert vos différentes productions !

J’ai eu la chance de découvrir le Bénin, grâce à mon ami Jean Odoutan, de faire partir des invités du festival Quintessence de Ouidah. Ce qui m’a le plus plu c’est cette jeunesse assoiffée et curieuse de culture de cinéma. J’aussi aimé la fête du Vodoun, car j’y étais le 10 janvier et l’accueil des gens. Je n’ai pas bien connu Cotonou, mais j’ai quand même senti l’esprit béninois d’accueil et d’hospitalité et aussi l’intérêt porté à la culture. Alors je salue tous les Béninois pour cet accueil.

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