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Sékou Traoré est producteur et réalisateur. Il dirige la société de production Sahélis Production à Ouagadougou. A son actif « Sia le rêve du python » de Dani Kouyaté, les réalisations entre autre du court métrage « le mil promis » en 2003 et le documentaire « les petits métiers du Sahel » en 2004.
Que pensez vous de la sélection documentaire au FIFF cette année ?
Tout ce qu’on a vu est de qualité et c’est d’horizons divers et je pense que c’est ce qu’on doit rechercher dans un Festival comme celui de Namur. Il faut avoir toute la diversité de la francophonie.
On assiste à une production pléthorique de documentaires avec le numérique. Pensez vous que l’on verra ces films en dehors des Festivals ?
Moi je pense. Si les circuits de diffusion suivent la même évolution que le matériel de tournage pourquoi pas. Ce qui est sûr c’est que l’on va avoir un circuit de diffusion, dans un pays comme le Burkina Faso, aussi bien pour le documentaire que pour la fiction. On ne sera plus obligé de kinescoper les films pour les diffuser en salle, elles sont en train de s’équiper en matériel de vidéo projection de qualité. Les spectateurs ne savent même pas dans quel support c’est projeté, on est en train de résoudre le problème de diffusion qui a toujours été le problème numéro un du cinéma africain. Si quelqu’un comme Boubacar Diallo a fait ses longs métrage sur support numérique, qu’il arrive à les exploiter et à les rentabiliser, c’est une voie qui est ouverte et on a une alternative.
Et il y a un public africain pour le documentaire
En fait, quand tu regardes « Mobutu, Roi du Zaïre » qui est un documentaire, c’est passé y’a cinq ans au Burkina et ça a été vu comme n’importe quel film américain de bonne facture. Je pense que ça été une des meilleure recette à la société nationale de distribution cinématographique. Pour le public Burkinabé, c’est en terme de film de qualité que ça intéresse le public, peu importe que ça soit du documentaire ou de la fiction.
Le cinéma est le premier loisir des burkinabés en ville. C’est vrai que les films africains ont beaucoup plus d’engouement que les autres films mais, quelque soit l’origine du film, si il est bon, ça marchera.
Dans les circuit de télévision, est ce que la TNB est prête, dans l’avenir, à diffuser des films africains ?
Non, non, ni de films africains, ni européens. En fait, il faut trouver la même formule pour diffuser nos films, à savoir qu’elle n’amène pas l’argent de sa poche. Quand elle diffuse les télés novelas, ça passe toujours par un grand sponsor qui lui, achète une série ou un film. Il les replace à la télévision et en contre partie, y’a leur spot promotionnel qui passe. Ce n’est pas la télévision elle même qui enlève l’argent de sa poche. Nous, on peut procéder de la même manière et c’est comme ça que la dernière série que l’on a tournée est en train d’être diffusée sur la chaîne nationale.
Qu’en est il du financement de vos films par rapport à la France ?
C’est la conjoncture internationale elle même qui a fait, qu’au Burkina, le cordon s’est coupé tout seul. Ce n’est même pas tellement la volonté des cinéastes, ils ont été obligés de s’éloigner. 90 % des films produits au Burkina l’ont été grâce au privé Burkinabé, que ce soit des séries télés, des courts métrages ou des longs métrages. Parce que les commissions, La Francophonie, le MAE se réunissent 2 ou 3 fois dans l’année et la production actuelle fait que personne ne peut attendre ça. Si les Burkinabés veulent déposer des dossiers, y’aura quinze dossiers à chaque commission. Quoi qu’on dise, même si y’a dix bon dossiers, on ne peut pas donner à dix Burkinabés, les enveloppes sont très limitées. Donc en fait les gens se sont retourné vers les privés et ce sont eux qui curieusement, sont en train de soutenir la production burkinabé.
Vous avez le Fespaco et l’industrie cinématographique est prolifique au Burkina, c’est quasiment une exception, vous ne vous sentez pas seul ?
Je pense qu’un pays comme la Côte d’Ivoire a d’autres mécanismes. Par exemple ils récupèrent beaucoup de taxes sur des chaînes étrangères comme Canal Horizon et souvent, c’est une enveloppe qui pèse beaucoup dans la production d’un long métrage. Maintenant, il faut que ces longs métrages, s’il veulent être indépendants financièrement comme nous on est en train de le faire, il faut que ce soit fait avec du matériel léger. Rien que ce qu’on récupère comme taxes sur ces télévisions étrangères, il faut que cela puisse déjà constituer la moitié d’un budget d’un long métrage. Je crois que c’est à ce prix là ; les sponsors qui nous aident au Burkina ont leur base en Côte d’Ivoire, donc c’est de là-bas que l’argent vient, plus qu’au Burkina.
L’avenir entre les professionnels du cinéma burkinabé et l’Europe ?
De toute façon il faut que l’on évolue sans eux, les Européens ont leur contraintes aussi et donc, notre cinéma est avant tout pour notre public et il faut qu’on trouvent les moyens sur place. Si il y a des aides européennes dont on peut bénéficier tant mieux. Si c’est pas le cas, qu’on trouve les moyens de faire un cinéma très bon mais avec des petits moyens, en le rentabilisant sur place. Il ne faut pas compter sur le public européen, y’a quelques films qui sortent du lot et qui ont été achetés par ARTE. Dans tous les cas je pense qu’il va sortir de bons films de ce magma comme ce qui se passe au Nigéria ou tu as peut être cinq cent films dans l’année.
Peut on appliquer le modèle nigérian au Burkina ?
On est obligé et c’est ce qui a commencé. C’est vraiment ce qui a commencé. Le cas de Boubacar Diallo est positif. Pour moi, c’est deux choses : soit on attend éternellement les aides européennes qui sont presque finies, dans tous les cas cela ne suffit plus, et on arrête de tourner, soit on avance tout seul, c’est tout.
Votre cinéma puise ses histoires dans une culture bien ancrée au fil des ans, vous sentez vous protéger face à la mondialisation ?
Oui tout à fait. Dès que l’on va trouver des nouveaux moyens de production, je pense que l’on est en train de se protéger. Si des initiatives comme Boubacar se multiplient et on sait que ce sont ces films là qui font le plus d’entrées, bientôt les films de l’occident ne vont constituer qu’une petite partie de ce qu’on voit en Afrique. C’est assez paradoxal, quand on regarde la conjoncture actuelle, on voit que la crise économique au Burkina est dure mais c’est en ce moment qu’il y a le plus de production au Burkina. Il y a presque toujours cinq films en tournages actuellement donc les gens ont vraiment trouvé une nouvelle économie de production.
Que préparez vous ?
Nous sommes en train d’écrire la prochaine saison de notre série télé « Le nouveau royaume d’Abou » qui fait 20 épisodes et qui sont diffusés actuellement au Burkina, au Bénin. Ce qui est sûr c’est que CFI l’a acheté et la distribuera dans toute l’Afrique francophone.
Benoît Tiprez
www.clapnoir.org
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