| Si nous devons écrire l’histoire du cinéma au Niger, nous inscrirons sur l’échelle du temps, deux périodes. Une période d’abondance et une période de sécheresse. La période d’abondance, de 1962 à 1979 fut celle de la grande production. La sécheresse, elle, s’étale de 1980 à 2004. Sur ces deux périodes, un homme a pu, tant bien que mal, bravant les écueils sortir des œuvres. Il s’agit de Djingareye Maïga.
Avec dans sa filmographie, plus de 15 films dont 5 longs métrages, Djingareye Maïga est un autodidacte qui est arrivée au cinéma à la faveur d’un rôle que lui a proposé Moustapha Allassane dans le film "le retour d’un aventurier" en 1966. C’est pour lui, la réalisation d’un rêve. En effet, Djingareye qui est né en 1939 à Ouatagouna, un village à 250 km de Niamey, sur les bords du fleuve Niger, après ses études primaires arrive dans la capitale où il occupe divers emplois. En 1961, il découvre un jeune noir au cinéma : Sidney Poitiers. « Voir un noir dans un film m’a beaucoup fasciné. C’est à partir de ce moment que j’ai eu envie de faire comme lui, de jouer des rôles dans des films » nous disait-il. « Moustapha Allassane m’a donné des rôles. Mais finalement j’ai voulu passer à la réalisation, parce que je voulais attirer l’attention des spectateurs sur les problèmes que vit la société nigérienne. J’ai fait des films contre la corruption, l’impunité et surtout pour soutenir les femmes dans toutes les activités qu’elles mènent et tous les problèmes qu’elles vivent ». Djingareye le dit, mais ses films le montre bien. Il est celui qui à travers sa série "noire", dépeint sans trop de complaisance, une société qui a tendance à donner le meilleur rôle au plus fort. Dans sa première fiction, "Etoile noire" (1975), il brosse le tableau d’un homme qui parce qu’il a de l’argent, néglige son épouse et ses enfants pour une idylle avec une fille de bar. L’épouse, lasse, finira par rejoindre ses parents et la jeune fille, renvoiera son amoureux du moment pour retrouver les bras de son amant européen fortuné. Dans "Nuage noir" (1979), un jeune diplômé se heurte à l’hostilité de son supérieur, un ancien homme politique mis en place par le parti. En 1983, "Aube Noire" qui est un film qui raconte les démêlés familiaux d’un nigérien qui épouse une étrangère, fini de convaincre que Djingareye est un fin observateur de sa société. C’est bien le rôle qu’il se donne. « L’artiste n’est pas un politicien. C’est bien celui-là qui regarde les gens vivre puis, il les dessinent. Mon regard doit être critique. Si je dis le contraire de ce que je vois, je n’ai qu’à faire de la politique ». En 1997, après un parcours de combattant, Djingareye livre au public sa dernière fiction : "Miroir noir". Miroir noir, comme la plupart des films de la série noire s'inscrit dans la tradition du drame familial. Un vendredi, à l'heure de la grande prière, un magasinier tue d'un coup de pied son épouse en grossesse. La famille de la défunte lutte en vain pour que justice soit rendue. Cette fois, la corruption et les interventions auront triomphé du cours normal des choses. La justice ne sera pas rendue. « Faire des films c’est mon métier, nous dit Djingareye Maïga. Mais quand je ne dispose ni de moyen, ni de soutien, il est quasiment impossible d’en faire. D’où la nécessité pour moi que l’Etat s’implique au plus haut niveau et qu’une réelle politique de cinéma soit instaurée au Niger. Sans cela, nous n’irons pas loin et le cinéma ne progressera pas ». Le temps qui passe n’érode pas la détermination de Djingareye Maïga. Il continue de lutter seul, pour terminer son dernier film : Quatrième nuit noire. Achille Kouawo |
| © Clap Noir / 2005 |