Afriques 50 : Singularités d'un cinéma pluriel
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Cet Ouvrage collectif, composé sous la direction de Catherine Ruelle, célèbre le 50ème anniversaire des Cinémas d'Afrique, à travers des textes de cinéastes et de critiques, témoins ou acteurs du parcours des cinématographies africaines depuis leur naissance en 1955, avec le court-métrage Afrique sur Seine, jusqu'aux films les plus récents.

Autour d’une table à Paris sont réunis pour inaugurer ce livre sur les 50 ans de cinéma africain quelques figures. Bouleversante, Thérèse M’bissine Diop, l’héroïne de La Noire de, en 1966 de Sembène Ousmane, raconte un parcours douloureux : « on me rejetait dans le quartier comme si j’étais une putain parce que je faisais du cinéma »… Elle évoque une carrière qui n’a pas réussi à s’affirmer au point de pouvoir la faire vivre et dès lors, un statut toujours en porte à faux. Présente dans la salle, Rahmatou Keita, avec son documentaire Al’lessi, une actrice africaine, a fait écho à cette tragédie de la comédienne africaine, laissée pour compte, dernier maillon d’un cinéma africain qui a déjà du mal à s’assumer…

… Qui est, comme le proclame Claude Haffner dans son documentaire, D’une fleur double et de quatre mille autres, projeté à l’occasion de cette publication pour la première fois en France, « un enfant de quarante ans » qui peine à s’affirmer, comme l’écrivait le père de la réalisatrice, spécialiste français du cinéma africain, peu avant sa mort.

Petit débat s’ensuit : Son Excellence Inoussa Ousseini, ambassadeur du Niger auprès de l’Unesco, évoque les grands moments du cinéma africain. Défendant l’idée d’un cinéma qui ne peut exister en dehors d’un engagement des états africains, il évoque la période de prolixité du cinéma sénégalais, pendant les années soixante dix, en expliquant qu’une manne publique avait à l’époque été mise à la disposition des cinéastes. Période aujourd’hui révolue avec un désengagement total de l’état sénégalais vis à vis du cinéma.

C’est au tour du jeune et dynamique producteur burkinabé, Toussaint Tiendrébéogo, de prendre la parole. Fort de son expérience à Africa Cinéma, où il a coordonné une vaste enquête sur les moyens de diffusion du cinéma en Afrique, il dresse un constat pragmatique : il n’y a plus (ou peu) de salles. Et le cinéma est financé par le Nord… pourtant, les Africains consomment beaucoup d’images, par la télévision ou les cassettes.

Prenant la parole, la réalisatrice Rahmatou Keita évoque l’opulence du cinéma nigérian, qui fonctionne comme un petit hollywood. Elle souligne qu’outre l’Egypte et l’Afrique du Sud (où elle craint que le tropisme hollywoodien ne soit un danger pour les contenus), il n’y a pas vraiment, en Afrique Noire, une industrie du film.
En s’inspirant du succès, depuis dix ans, du cinéma nigérian (le fameux Nollywood sur lequel beaucoup d’yeux sont tournés aujourd’hui comme un modèle alternatif), Toussaint Tiedrébéogo préconise de penser à retrouver avec le cinéma la notion de loisir, de divertissement, et donc d’industrie rentable pour le cinéma (permettant de temps en temps de produire des films plus particuliers). Mais le jeune producteur africain (une profession toute nouvelle dans un métier où les réalisateurs étaient le plus souvent leur propre producteur) insiste : il ne faut pas que le cinéma francophone se laisse déstabiliser par l’exemple nigérian. Ce sont deux histoires différentes. Un message d’espoir est donc porté par la nouvelle génération au moment où, fêtant ses cinquante ans, le cinéma africain a plus que jamais l’ambition de ne pas jouer à l’enfant.

Caroline Pochon

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