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L'aîné
des anciens, Sembene Ousmane a présenté le deuxième
volet de sa trilogie "Héroïsme au quotidien" "
Moolaadé ",
en avant première au festival de Cannes 2004. Il a remporté
le prix Un certain regard et nous parle de son dernier film qui a suscité
beaucoup d'émotion sur la croisette.

Sembène Ousmane sur
le tournage de son film
Clap Noir : Vous
avez eu un standing ovation de près de dix minutes à la
fin de la projection de votre film. Quels sentiments vous ont traversé
à ce moment là ?
Sembène Ousmane : Je me suis dit : " les gens sont contents
alors cela signifie que le travail a été bien fait. "
J'ai pensé à tous mes collaborateurs, aux techniciens, aux
acteurs. A ce groupe qui a permis que ce film voit le jour. J'ai pensé
à eux.
Vous abordez dans
votre film le thème de l'excision. Comment avez-vous menez ce projet
?
Dans mon film, il ne s'agit pas seulement de l'excision. Le thème
c'est la liberté. Il faut sortir du canevas dans le lequel les
gens semblent vouloir enfermer ce film. Il s'agit des femmes et de leur
liberté. Et par-là, la liberté des peuples. Quand
des hommes décident comme on le voit dans le film de confisquer
des radios appartenant aux femmes, qui leur en a donné le pouvoir
? Quand on excise les jeunes filles qui l'a décidé ainsi
? C'est forcément quelqu'un qui lui en a donné le pouvoir
?
Le titre du film c'est
Moolaadé et c'est un mot qui revient assez souvent dans le film.
Qu'est-ce que cela signifie ?
C'est le droit d'asile, la protection que l'on peut demander à
quelqu'un. Par exemple comme c'est le cas dans le film, des enfants rentrent
chez vous et viennent vous demander le droit d'asile. Si vous leur accordez
votre protection, elle est sacrée et inviolable dans le village.
Ici il se trouve que des fillettes devaient être excisées
et la dame qui leur accorde sa protection, Collé Ardo leur accorde
son soutien quand elles s'enfuient. Ce sont là deux valeurs morales
qui s'affrontent.
Vous parlez dans votre présentation du film de société
fermée
Ce village symbolise une bonne partie de l'Afrique au sud du Sahara. C'est
une société fermée. Les gens refusent le temps présent
pour vivre sous l'emprise de la tradition. Or la radio et la télévision
viennent malgré tout nous montrer que la modernité, une
nouvelle ère est arrivée. Ceux qui veulent tirer les peuples
en arrière, sont des conservateurs. Nous ouvrir, ne signifie pas
nier nos valeurs.
Vous avez une approche
assez frontale de votre sujet. Rien n'est édulcoré. Pourquoi
?
C'est le seul moyen, en traitant un tel sujet, d'atteindre vraiment le
public. C'est une question grave et il n'était pas question pour
moi d'édulcorer quoi que ce soit.
Comment s'est déroulée
la phase d'écriture du scénario ?
J'aurais du mal à la raconter. J'écris comme tout le monde.
Je ne me psychanalyse pas en le faisant. Est-ce qu'on demande souvent
à une femme qui présente un bon plat de nourriture d'expliquer
comment elle est parvenue à ce résultat ?
Il y a une scène
très dure dans le film c'est quand le mari de Collé Ardo
lui frappe dessus devant tout le village. Le tournage a-t-il été
difficile ?
Oui et non. C'est un mari qui frappe sa femme sur l'instigation de son
frère mais il aime cette femme. Enfin, j'ai beaucoup de mal à
expliquer un film. C'est vrai cette scène est dure mais que voulez-vous
que je vous explique ? Je n'aime pas beaucoup parler d'un film quand on
me pose des questions.
Votre Cinéma est
clairement militant. Comme cela est-il perçu en Afrique ?
En Afrique, notre art doit être utile. Peut-être qu'un jour
nous aurons un cinéma commercial mais je crois que pour le moment,
notre cinéma doit être utile, militant. La progression de
toute société est forcément politique, sociale. Je
ne sais pas ce qu'on va penser de ce film en Afrique. Dans six mois je
le saurai, mais il nous faut un cinéma qui sert des causes.
Vous avez fait de nombreux
films et avez plus de quatre-vingt ans. Quand on regarde Moolaadé
on constate que vous continuez à donner des leçons de cinéma
aux jeunes
Je répète sans arrêt aux jeunes cinéastes quand
je vais voir leur film qu'ils me donnent un enseignement. Celui de ne
pas faire comme eux. Et je reste plus jeune qu'eux dans mes créations
car je crée pour mon peuple qui lui, a toujours vingt ans. Je reste
jeune parce qu'un créateur est toujours jeune.
Vos acteurs disent de vous
que vous êtes très difficile et que travailler avec vous
est une vraie gageure
C'est eux qui pleuraient, pas moi. Sans exigence on n'a rien et ils devraient
le savoir. Moi, je ne demande jamais assez aux africains, je leur demande
toujours trop. Chez nous, si tu meurs on t'enterre et on continue.
Vous êtes le seul
qui présente un film africain à Cannes, dans cette sélection
officielle. Quel est votre regard par rapport à cela ?
Je suis le seul à Cannes c'est vrai mais la sélection officielle
ne relève pas de moi. L'Afrique n'est pas ignorée à
avis. Les Européens organisent leur festival et les Africains se
plaignent. Nous n'avons qu'à organiser nous-mêmes nos festivals.
Regardons-nous d'abord, respectons-nous d'abord avant d'attendre des autres
qu'ils nous regardent et nous respectent.
L'équipe Clap Noir
www.clapnoir.org
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