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Le
Bureau de Liaison du Cinéma de l'Espace Francophone (BLCEF) et
le festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) ont organisés
le premier Forum Francophone de la coproduction le 27, 28 et 29 septembre
2004 au Château de Namur.
10 porteurs de projets issus
des quatre coins de la Francophonie ont bénéficié
pendant 2 jours d'expertises dispensées par des professionnels
dans les domaines de l'écriture de scénario, de la production,
de la diffusion, de la distribution et du marketing. A l'issue de ces
rencontres, ils ont participé à un déjeuner de clôture
et de contact réunissant tous les participants ainsi que les producteurs
présents au FIFF.
Sophie Salbot, productrice (ATHENAÏSE), pour " Rêves de
poussières " de Laurent Salgues et Camille Mouyéke,
réalisateur (ALLISON production) pour " Les Gens du fleuve
", nous livrent leur impressions.

Marc Daigle, Sophie Salbot
Clap Noir : Quel
sont vos premières impressions ?
Sophie Salbot : c'est un regard extérieur qui permet d'avancer.
Cela me permet de rediscuter avec mon réalisateur. C'est-à-dire
que j'ai eu d'autres éclairages. Cela confortait ou non ce que
je pensais. Je vais pouvoir retourner le voir et cela va me permettre
d'aller plus loin dans l'écriture du projet. Au départ,
je pensais que c'était pour rencontrer des partenaires potentiels.
C'est bien, c'est intéressant. C'est la première édition.
Il faut que ça recommence l'année prochaine. Il faut essayer
d'avoir un suivi des projets après ; et ça, c'est toujours
le plus dur à faire. Quand les gens sont là, ils sont là,
cela avance et après, chacun vaque à ses occupations et
c'est difficile. De leur part à eux, cela demande du travail supplémentaire
et c'est pas forcément évident à mettre en place.
Comme ils disaient, la plus belle récompense, ça serait
que quand les films sont faits, ils soient projetés à Namur.
Quand on voit que les projets aboutissent et donnent des films, ça
encourage à continuer dans ce sens là.
Clap Noir
: Qu'avez vous tiré comme premier bilan du forum de la coproduction
?
Camille Mouyéke : Le premier bilan, je pense, c'est d'avoir
pour une fois, la possibilité d'avoir autour de soi une palette
de spécialistes avec qui on peut construire quelque chose. Parce
que tout simplement, il y a un dénominateur commun qui est la francophonie
: ce bloc que l'on fait entre nous, les francophones, pour défendre
la diversité culturelle ; ça, c'était un atout pour
qu'on puisse se comprendre, pour qu'on puisse parler le même langage.
Chacun avec ses spécificités, ses richesses, ses acquis
et le langage favorise ensuite les relations et les perspectives d'avenir.
Donc à ce moment-là, on peut les définir parce qu'on
est tous embarqués dans le même bateau, où à
un moment on conjugue ou pas nos efforts. Et on " disparaît
" à ce moment là face à la machine américaine.
Voilà c'est ça. C'est positif.

Camille Mouyéke
Clap Noir : Ce premier
forum a servi à mettre en commun un langage et à vous munir
des outils nécessaires entre professionnels francophones pour mener
à bien vos projets face aux grosses machines de production
Camille Mouyéke : je pense que ça permet d'abord
de se réunir, de se connaître, à connaître ce
que l'autre, qui partage les mêmes valeurs que moi, est en train
de construire dans son coin et comment on peut s'associer tous les deux
pour faire la même chose. Et le fait que l'on soit deux est une
force supplémentaire qui se met en place. Comme je disais c'est
l'union qui fait la force et de mon point de vue c'est d'abord ça.
Ensuite, si on veut se positionner vis-à-vis de la machine en face
qui fait figure de rouleau compresseur, ça c'est une autre chose.
Le plus important, c'est que nous, dans notre espace, on s'organise pour
pouvoir garder tout simplement notre autonomie, notre richesse, notre
possibilité de s'exprimer, de proposer autre chose. Ce qui est
important, c'est cette identité là, la défense de
l'identité francophone. Ce n'est pas seulement être en face
d'un adversaire. L'adversaire est virtuel, si vous voulez.
Ce qui compte, c'est : " est-ce que nous avons notre place dans la
mondialisation ou pas ? " le propos n'est pas de combattre et abattre
un adversaire mais de pouvoir garder une identité et pouvoir proposer
autre chose, de ne pas seulement consommer ou subir l'envahisseur.
Clap Noir : Est-ce
que l'on aura une chance de voir ces films dont vous avez discuté
dans un festival ?
Camille Mouyéke : bien sûr. Je pense qu'il y a de
fortes chances. Tout simplement parce que les 10 projets qui ont été
sélectionnés au forum francophone n'ont pas le même
niveau. Donc, il y a des projets qui sont là, qui sont déjà
à 2 ou 3 semaines de tournage. Cela veut dire que les producteurs
qui étaient présents pour défendre ces projets, leurs
dossiers étaient quasiment complets ; il y a déjà
un budget, un plan de financement
donc forcément, il y a une
chance de voir ces films là. Les autres étaient moins avancés
et ils sont prêts à aboutir.
Clap Noir : Cette
année, il y a un coup de projecteur sur le cinéma marocain,
que pensez-vous de cette sélection et de ce cru ?
Camille Mouyéke : je pense qu'il y a une raison à
ça. Je pense que si aujourd'hui, le cinéma du Maghreb a
une force c'est qu'il faut quand même savoir une chose : dans un
monde, je parle du monde du cinéma, où les mécanismes
de financement disparaissent les uns après les autres, il est important
que les états eux-mêmes mettent en place des dispositifs
qui permettent que les productions locales continuent de vivre et que
les films existent. Donc, le Maghreb, lui, est suffisamment en avance
par rapport à l'Afrique Subsaharienne, d'où je viens, tout
à fait le sud. Ces pays de l'Afrique Subsaharienne n'ont pas encore
compris qu'en misant dans la culture, on mise aussi dans le tourisme,
dans l'artisanat, on mise tout simplement dans le développement
économique d'une nation, ils n'ont pas compris ça. Les marocains,
les algériens, les tunisiens, eux, ont des fonds qui aident à
ce que les films se fassent. Si ces films sont faits, ils sont vus à
Namur et ces films deviennent des ambassadeurs de ces nations-là.
Nous, au sud du Sahara, on doit comprendre que le cinéma n'est
pas tout simplement un luxe ni un divertissement, c'est une contribution
à part entière dans le développement d'un pays en
voie de développement.
Propos recueillis
par Benoît Tiprez
www.clapnoir.org
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