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Voila
maintenant plusieurs années que le talentueux comédiens
Danny Glover participe au Fespaco. L'Afrique, sa seconde
patrie fait partie de ses préoccupations quotidiennes.
Bien qu'ayant très peu tourné dans des films
africains, il n'apporte pas moins son soutien à des
réalisateurs africains.
Il en parle avec notre reporter, Sophie Perrin.
« Pourquoi manifestez-vous
un tel intérêt pour un festival qui se tient si loin
des Etats Unis ? »
C' est une
très longue histoire et j' ai très peu de temps. J'
ai 60 ans. Je suis en contact avec l' Afrique depuis que j' ai 19/20
ans. A travers ce que j' ai lu ; les gens avec qui j' ai été
à l' université, mon investissement et mon soutien
aux comédies africaines, à travers toutes les campagnes
politiques ; et toute la campagne contre la colonisation portugaise
notamment. Tout cela est partie intégrante de mes préoccupations,
de ma vie entière. Donc, quand j' ai commencé à
faire des films et du théâtre, quand je suis devenu
acteur, le premier travail que j' ai embrassé, c' est le
travail de « Fugard », le grand écrivain
de théâtre sud africain. Alors naturellement quand
j' ai commencé à faire des films, je me suis mis à
chercher des histoires et à soutenir celles qui
étaient en relation avec
toute cette expérience. J'
ai fait Mandela il y a 21 ans pour HBO. Et depuis ce moment précisément,
j' ai essayé de trouver des moyens pour collaborer avec des
réalisateurs africains : avec « Ousmane Sembène »
un bon ami à moi, que j' ai aidé et soutenu pour réaliser
son film « Mooladé », avec Sidiki Bakaba,
de Côte d' Ivoire ; j' ai toujours entretenu ce genre
d' expériences. Quand je suis venu pour la première
fois au Fespaco en 1999, on a décidé de lancer avec
deux amis à moi, un festival de film panafricain à
Los Angeles. J' en suis le co-fondateur. On a commencé à
rencontrer des réalisateurs africains et à voyager
dans le continent. Donc c' est une longue histoire, et ma rencontre
avec A. Sissako n' est pas un accident, ainsi que ma décision
dès les premières étapes du travail, de participer
au projet Bamako comme producteur. Mon producteur associé
Johnson Barnes, avec qui je travaille depuis 7 ans, et moi
avons décidé de longue date de soutenir la création
cinématographique africaine et ce festival.
« On a souvent fait au cinéma
africain la critique de manquer de professionnalisme, pensez-vous
qu' on puisse dire qu' il y a eu une amélioration significative
au cours des années récentes ? »
Tout dépend sous
quel angle vous abordez le professionnalisme. Certains des pires films
possibles que j' ai vus ont été réalisés
avec des financements inimaginables. Donc tout dépend de ce
qu' on veut dire par professionnalisme. Tout est question de combien
de temps vous consacrez à l' écriture, de la qualité
du scénario, du sujet. Et bien sûr, cela dépend
des standards, des codes auxquels vous êtes attentifs et que
vous appliquez pour juger. Tout cela est relatif. Oui,
je pense qu' il y a une amélioration dans le sens où
les réalisateurs prennent leurs responsabilités et élargissent
leurs perspectives. C' est difficile pour
moi de parler de professionnalisme car cela dépend aussi de
qui regarde et de qui juge.
« Faut-il alors plutôt
parler d' un manque d' expérience ? »
Oui ! Peut-être qu' il y a un manque d' expérience,
mais l' Afrique a une longue et vieille histoire commençant
avec les films coloniaux. La première chose que « Kwame
N' Krumah » a installé au Ghana, ce sont les films
ghanéens… Je pense
que le plus important, c' est l' effort qui a été fait
dans l' apprentissage et le développement de la qualité
des films, mais cela prend du temps à
construire et cela ne se fait pas en une nuit.
« Le cinéma américain traite de plus en
plus souvent de problématiques africaines (Blood Diamonds,
Hotel Rwanda…) ? Vous semble-t-il important que des cinéastes
africains puissent exprimer leurs propres points de vue sur ces problématiques
qui les concernent ?
il y a une grande différence entre l'afrique vue dans des films
américains et la vision que les africains ont d'eux-mêmes
et qu'expriment les cineastes du continent -mêmes,
le cheminement de leur histoire à travers leur propre imagination.
Les réalisateurs du
Nord ont un point de vue « eurocentrique » vaniteux
lorsqu' ils abordent l' Afrique ; c' est une réalité,
c' est ce qui arrive.Je pense
qu' il y a effectivement une fascination pour l' Afrique, mais
les occidentaux ont toujours eu un problème avec la manière
de construire la vision qu' ils veulent formuler de l' Afrique
et des africains. Mais ils partent d' une bonne intention, ils
ont conquis un certain public, et peut être d' une certaine
manière
en construisant ce public cela donne une opportunité de voir
ces films et ces réalisateurs qui ont eux un intérêt
à raconter leur propre vérité.
« Vous êtes le
co-producteur de Bamako, pourquoi vous a-t-il paru nécessaire
de vous impliquer à ce point dans un projet aussi spécifique
que celui-ci ? »
Je vais essayer de vous donner une idée de mon histoire. J'
étais étudiant en sciences économiques. Je suis
économiste et la première chose qui a retenu mon attention,
c' est l' économie africaine. J' ai essayé de comprendre
à travers les livres et les discussions autour de ce thème. Donc
quand on a commencé le film sur la dette, une question à
propos de laquelle je me sentais particulièrement concerné,
cela m' a paru naturel de faire partie du projet. Les discours autour
de la dette sont une composante majeure du « traité
de la croissance africaine et ses possibilités »
engagé par Clinton il y a 10 ans. Les
organisations avec lesquelles je travaille sont concernées
par cette situation. Que veut-on dire par développement ?
Lorsque j' ai commencé à être consultant au
programme des Nations Unies pour le Développement, j'
ai voulu élargir
le dialogue autour de sens du développement. Qu' est-ce que
le développement ? Comment le définit-on ?
Quels sont les critères que l' on mesure ? C' est pour
toutes ces raisons que ce film est important pour moi.Prenez
par exemple le livre merveilleux de Paul Former qui travaillait à
Haïti intitulé « les pathologies du pouvoir ».
Il s' interroge sur le regard porté sur le bon fonctionnement
d' une économie.Prenez
le cas de la Nouvelle Orléans, comment se porte l' économie ?
Je ne peux rien dire si je considère uniquement la dynamique
économique générée par le tourisme. Mais
je dois considérer aussi les autres facteurs comme la santé,
l' éducation, l' accès aux transports, l' écart
des revenus… Ce sont toutes ces choses qui nous révèlent
le véritable état d' une économie. Tout
cela est important. Si tu écoutes les gens et leur lecture
des situations
économiques, tu entends quel est l' impact de la violence
des ajustements structurels. Ces structures supranationales d' ajustements
ont donc des retombées directes sur leur vie.
« Comment pensez-vous continuer à aider le cinéma
africain ?
En restant disponible pour mes amis cinéastes lorsqu' ils me
demandent si je peux faire ceci ou cela. Certainement en soutenant
ce festival de cinéma, en trouvant des réseaux et des
télévisions qui voudront promouvoir le cinéma
africain. J' essaie simplement de faire tout ce que je peux quand
une occasion se présente d' être utile. Je continue de
le faire d' où je suis. Mais
il est important pour les réalisateurs de commencer à
cultiver, identifier et développer leur propre public ici.
Propos recueillis par
Sophie Perrin
www.clapnoir.org
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