| M. Mahamoudou Ouédraogo est le Ministre burkinabè de la culture, des arts et du tourisme. Il est à ce titre le premier responsable politique du Fespaco et du cinéma ici au Burkina Faso. Il livre à notre reporter sa vision sur le cinéma burkinabè et africain.
Clap Noir : En parlant du FESPACO, on parle encore de problèmes à surmonter, pourquoi ? Mahamoudou Ouédraogo : Parce que le cinéma est à l'image d'un homme, c'est à dire que notre vie n'est pas linéaire. Nous avons des hauts et des bas. Lorsque vous prenez le cas des pays où le cinéma est né, vous vous rendez compte qu'il y a eu aussi ce qu'on a appelé la crise du cinéma. Lorsqu'on ne fait pas suffisamment de nouveaux films, ce qui se passe, c'est que petit à petit, il y'a une désaffection du public qui ne va plus dans les salles parce qu'il ne vas pas dans les salles pour voir les mêmes films. Et s'il ne va pas dans les salles, il y'a moins de recettes, donc moins d'argent pour faire de nouveaux films et petit à petit on est obligé de fermer les salles de cinéma parce qu'il n'y a plus de spectateurs. La crise s'installe et on crée ce qu'on appelle un cercle vicieux. Et le cercle vicieux s'est auto entretenu jusqu'à ce que tout tombe en ruine. Le cinéma africain a connu cette période et n'en est pas totalement sorti. C'est pour cela qu'il nous faut, nous les politiques, les spécialistes, les hommes et les femmes des métiers du cinéma, parvenir à créer ce qu'on appelle le cercle vertueux. C'est à dire sortir du cercle vicieux et permettre au cinéma de reprendre une ligne vraiment directe du progrès. Retenons que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont produit de nouvelles manières de voir et de produire le cinéma et on ne peut pas exercer le cinéma à l'ère du numérique sans se remettre en cause par la formation qui est notamment le rhème de cette édition du FESPACO. Les cinéastes font aujourd'hui face à un problème de production et de distribution. Ce problème est-il lié à un manque d'organisation de ces derniers ou d'une contribution de nos autorités? Il y'a sans doute les deux, mais la vérité est ailleurs. Pour aboutir à un achèvement de la professionnalisation, les africains ont créé le Consortium Interafricain de distribution cinématographique (CIPC) et le Consortium Interafricain de Production de film (CIPROFILM). Mais généralement en Afrique, le cinéaste est en même temps son propre producteur ainsi que son propre distributeur. L'expérience du CIPC-CIPROFILM a échoué et on n'a pas encore pu dans le privé ou le publique, remettre en selle cette vieille idée. Il faut cependant retenir que l'important dans la vie, c'est de ne pas désespérer. Il faut donc aux africains, notamment les cinéastes de reprendre leur bâton de pèlerin pour chercher dans leur imagination créative les voies et moyens de faire renaître le consortium, en évitant les erreurs du passé. 50 ans après avoir vu le jour en Afrique, le cinéma n'a pas trouvé ses marques. Quelles sont selon vous les raisons? 50 ans c'est beaucoup dans la vie d'un homme, c'est peu dans l'histoire du cinéma. Il faut se dire que 50 ans, on ferait rire un américain ou un européen parce que pour eux, c'est encore jeune. Mais l'essentiel, c'est de se dire que les problèmes sont fait pour être résolus et ce sont des hommes qui doivent résoudre les problèmes causés par d'autres hommes. Quelles sont les solutions que vous préconisez? Voyez la filmographie de cette année, il y'a plus de 120 films qui sont là en compétition. Cela veut dire que la production a repris et une des raisons qui explique cette dynamique nouvelle, c'est le numérique. Avant, il fallait de gros investissements pour produire un film. A présent, avec le numérique, nous avons produit plusieurs films en l'espace de quelques mois par le privé. C'est une explication essentielle mais ce n'est pas la seule. Propos recueillis par |
| © Clap Noir / 2005 |