Fespaco 2005
L’ami des Gaeenga

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Paul Kabré, l'ami des gaeenga

Paul Kabré est un personnage atypique. Il a la particularité d’aimer les malades mentaux. « Mon nom, Sandaogo veut dire étranger en Mooré dit-il. C’est pour cela qu’on me considère toujours comme quelqu’un qui vient de loin même dans mon pays ». Le documentaire qu’il a réalisé, « Gaeenga, parmi les hommes » aborde le sujet de toutes les formes de maladie ayant trait au mental. Ces personnes souvent rejetées par leur milieu familial se retrouvent dans la rue. A travers des entretiens émouvants, elles évoquent leur vie avant la maladie, leurs relations avec les autres dits normaux. C’est aussi un aperçu des préjugés qu’ont les autres à leur égard et les différents traitements qui leurs sont réservés. L’ami des « fous » a bien voulu nous donner les motivations qui l’ont amené à faire ce travail.

Clap Noir : Qui êtes-vous ?

Paul Kabré : Je m’appelle Paul Sandaogo Kabré et j’ai 50ans. Paul Sandaogo, c’est aussi la photo et avant cela l’hôtellerie pendant 24 ans. J’ai fait la rue, la rude école de la vie. Très souvent quand je dis que j’ai fait l’école jusqu’au CE 2, cela étonne. Pourtant il a bien fallu que je me batte pour sortir vivant de la rue.

Comment êtes-vous arrivés à la réalisation ?

Vous savez de l’image figée à l’image animée, il n’y a qu’un pas. Je l’ai franchi avec « Gaeenga parmi les hommes ». Par contre je ne suis pas un réalisateur en tant que tel. C’était très amusant la première fois quand j’ai eu mon badge avec l’inscription réalisateur. Ce film je l’ai fait avec le cœur.

Pourquoi avoir fait un film sur ce sujet ?

J’ai remarqué que rien n’était fait pour ces malades exclus et marginalisés par la société.
Il suffit de piquer une dépression pour être assimilé à un fou. Aujourd’hui la sensibilisation est telle qu’un enfant de moins de 10 ans peut vous parler du sida, de son mode de transmission. Par contre personne ne sait comment faire pour ne pas devenir fou.
J’ai fait ce film pour sensibiliser les uns et les autres et essayer de susciter une politique sanitaire auprès des autorités en la matière.

Quel a été le déclic de ce film ?

Vous savez quand vous avez connu une enfance comme la mienne, deux choix se présentent à vous : être le plus doux ou le plus méchant du monde.
Je pense que moi j’ai eu la chance d’être plutôt sensible. Ce n’est pas pour me juger mais quand un fou m’appelle docteur tout simplement parce que je fais fi de son état, sa saleté, alors que j’ai quitté l’école au CE2, convenez avec moi que cela est touchant.

Comment avez travaillé ?

Cela peut paraître curieux mais c’est quand je suis arrivé en salle de montage que j’ai entendu parler de plan de coupe. Vous savez, ces gens, ces malades que j’ai mis à l’écran m’ont accepté. Auraient-ils acceptés de parler en présence d’un micro, d’une autre personne ? C’est cette crainte là qui m’a poussé à faire le travail tout seul avec ma caméra au point.
C’est au montage que j’ai bénéficié de l’aide de la télévision nationale qui a vu la pertinence de mon sujet qui n’avait jamais été traité

Quels sont vos projets ?

J’ambitionne de retravailler le sujet parce que je n’ai pas été exhaustif, et comme toute première œuvre, il y a des imperfections. Mais avant tout cela je dois me former.

Marc Ayee
4 mars 2005

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