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Je suis réalisatrice, scénariste, cinéphile et amie de Clap Noir. Le site m’a laissé faire ma petite chronique du festival… au jour le jour.
Le festival touche à sa fin.
Hier, à une remise des prix spéciaux à laquelle je n’ai pas assisté, un court métrage Burkinabé, Safi la petite mère, de Rasmane Ganemtoré, a raflé tous les prix. Burkina oblige, sifflent certains.
Au bord de la piscine de l’Indé, les intrigues vont bon train autour de la reconstitution de la Fepaci (la fédération des cinéastes africains), mettant prises Maghreb et Afrique Noire. Personne ne finit au fond de l’eau cependant.
Beaucoup se plaignent cette année d’un cru médiocre, d’où émerge un cinéma Sud Africain largement mieux maîtrisé dans la narration, la facture, aux thématiques nouvelles. On parle de Drums pour l’étalon du Yennenga. Burkina oblige, on me parle aussi de Tasuma, de Daniel Kolo Sanou.
Concernant le cinéma Sud Africain, je voudrais mentionner le joli Zulu love letter, de Suleiman Ramada, qui dresse un très beau portrait de femme : celui d’une Sud Africaine Noire, journaliste, jeune, jolie, tiraillée entre ses engagements politiques, les hommes de sa vie, une fille muette et une enquête qui l’attire vers la mémoire des émeutes de Soweto, autour d’une bavure policière dont elle a été témoin. Filmé avec élégance, modernité, un peu à la manière du cinéma anglais de Mike Leigh (j’apprends plus tard que ce cinéaste a fait ses classes à Londres), ce film sur la mémoire met en avant une femme Noire qui n’est pas, pour une fois, une victime, même si les souffrances passées sont au cœur de sa démarche. Joli scénario sans lourdeur, sans démonstration, et jolie écriture filmique.
On me souffle, à une table de l’Eau Vive, restaurant où l’on retrouve le gotha du Fespaco devant la source des sœurs qui chantent l’ave maria pendant le repas, que le film à voir était le Carmen Sud Africain (il faut que je vous retrouve le nom de l’auteur) ! J’ai hâte de le voir s’il sort à Paris.
L’heure solennelle de la remise des prix arrive. J’y assiste pour ma part devant le téléviseur du bar de l’Indépendance, ce qui me suffit pour vous livrer les résultats avant tout le monde.
Les documentaires récompensés sont Aliénations de Malek Bensmail (Algérie) et Konakry Kas, du Malien Manthia Diawara. Jusqu’ici, tout va bien.
Les court-métrages encouragés sont un portrait de l’Afrique Noire traditionnelle voire un peu misérabiliste : dans L’autre mal, de Tahirou Tasséré Ouédraogo, il est question d’une fille qui résiste au mariage forcé, dans Safi la petite mère, de Rasmane Ganemtoré, c’est l’histoire de deux orphelins, et dans Le sifflet, d’As Thiam, que j’ai vu et aimé, c’est aussi une Afrique traditionnelle voire intemporelle qui est dépeinte.
La grande émotion est venue pour moi de la récompense obtenue par Andrée Daventure, que tous ceux qui la connaissent appellent affectueusement « dédée », et qui, comme le mentionnait l’animateur de la cérémonie, « a monté 80% des films africains depuis vingt ans, tous pays confondus ». On applaudit devant la télé du bar de l’Indépendance cette petite bonne femme en chemise de soie rose qui se fraie un chemin vers la scène pour recevoir son trophée, en l’occurrence pour Le prince, de Mohamed Zran (Tunisie), paraît-il très beau film. Elle a monté trois des films en compétition.
Viennent ensuite une succession de prix où le Burkina (musique, scénario et Etalon de Bronze pour Tasuma) se voit fort bien représenté. Mais dispute la première place a la déferlante Sud Africaine. A mon grand plaisir, la belle Paméla Noomvete, l’héroïne du Zulu Love letter de Suleiman Ramadan, obtient le prix d’interprétation féminine. Le film obtient également le prix de l’Union Européenne. Dans la série, Max et Mona de Teddy Mattera, obtient le prix Oumarou Ganda et Drums, de Zola Masoko, une plongée dans l’histoire de l’Afrique du Sud à travers la vie d’un journal brûlot politique, décroche l’étalon d’Or.
Je vais essayer d’aller à ma séance de rattrapage ce soir, mais je n’oublierai pas pour autant de mentionner que le Maghreb est, avec l’Afrique du Sud, le grand vainqueur de cette année, avec, outre Le prince et Aliénations mentionnés plus haut, La chambre noire, de Hassan Benjelloun (Maroc), et le prix d’interprétation masculine pour Sidi Al Kouiret, dans Les suspects, de Kamal Dehane. J’oubliais, comme on l’oublie toujours, le son, gagné aussi par un film Algérien, El Manara, de Belkacem Hadjadji.
Caroline Pochon
5 mars 2005
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