| Les rideaux se sont refermés sur le Fespaco. Les festivaliers ont quitté Ouagadougou et les différents lauréats savourent encore leurs victoires. On peut à présent essayer de faire un bilan de ce festival. Chacun peut le faire. L’équipe de Clap noir qui vous a permis de vivre au jour le jour ce 19ème Fespaco, vous propose le sien.
Pour cerner le festival dans toute sa dimension, il faudra l’analyser sur les plans de l’organisation, de la production cinématographique, des conclusions du colloque et autres rencontres intellectuelles, de l’adhésion populaire, etc. D’entrée, il faut reconnaître que la distinction remise à Zola Maseko a fait plus ou moins l’unanimité auprès de l’ensemble des cinéphiles. En effet, pour cette édition du Fespaco, bon nombre de festivaliers étaient d’avis que la récompense suprême irait à un film sud africain au regard de la qualité des films qu’ils ont présenté. Très peu connu il y a une dizaine d’année, le cinéma sud-africain est en train de se faire une place parmi les grands noms du cinéma mondial. Peu de temps avant le Fespaco, C’est le film UCarmen e Khayelitsha, de Mark Domford-May qui a remporté le 19 février, l'Ours d'or au Festival de Berlin. Un autre film sud-africain, Yesterday, est sélectionné pour les Oscars dans
la catégorie films en langue étrangère. Les exigences de la professionnalisation et le souci de faire du Fespaco une manifestation qui colle avec le nivellement par le haut des productions cinématographiques africaines ont conduit l’organisation à augmenter le nombre de récompenses dans les prix officiels. Ainsi, en court métrages, les organisateurs ont introduit, en plus de la récompense du meilleur film court métrage dénommé poulain d’or, deux autres prix (le poulain d’argent et le poulain de bronze) pour récompenser les courts métrages classés respectivement deuxième et troisième dans cette catégorie. La même démarche a été adoptée au niveau du grand prix « Etalon du Yennenga ». Dorénavant, on ne dira plus « étalon du Yennenga tout court pour parler de la récompense suprême. Il faut faire suivre cette appellation du qualificatif « or » car on distingue maintenant un « étalon d’or de Yennenga, un étalon d’argent de Yennenga et un étalon de bronze de Yennenga ». Et, c’est cet étalon d’or de Yennenga qui est revenu à Zola Maseko. L’introduction de ces nouveaux prix va, sans doute, contribuer à relever la motivation des praticiens du 7ème art en Afrique. C’est sans doute ce souci qui explique que les films présents à ce festival aient tous été d’une qualité indiscutable. C’est ce qu’exprime Jacques Béhanzin, un festivalier venu du Bénin « j’ai vu des films de qualité qui prouvent la maturité du cinéma africain ». D’autre part, le Fespaco 2005 a, sans contexte, présenté d’importantes innovations. On peut évoquer l’introduction d’une présidence d’honneur, occupée par une personnalité du monde cinématographique, pour chaque édition du festival. Cette initiative contribuera à donner une plus grande visibilité. Pour cette édition la présidence d’honneur a été confiée à l’acteur Français Richard Bohringer. C’est sans contexte une réelle volonté de s’ouvrir à l’extérieur. La célébration du cinquantenaire. Le devoir de mémoire des cinéastes leur faisait obligation de se souvenir, de marquer un temps d’arrêt pour évaluer le chemin parcouru. C’est le sens de l’exposition de caricatures de cinéastes proposées par Damien Glez et Amidou Zoétaba. Mais tous ces efforts pour se souvenir auraient connu plus d’éclat si les cinéastes avaient été davantage associés. C’est le sens de la déclaration de Rasmané Ouédraogo, un comédien burkinabè : « le cinquantenaire aurait dut être marqué par plus de solennités avec la présence au moins des différents lauréats de l’étalon du Yennenga ». Il faut noter qu’aucune envergure n’a été donnée à cette célébration.
Un hommage a été rendu aux anciens de ce cinéma : Paulin Soumanou Vieyra, Ababacar Samb Makharam et Djibril Mambéty Diop du Sénégal, Oumarou Ganda du Niger et Mamadou Djim Kola du Burkina Faso. Célébration du cinquantenaire du cinéma africain, mais aussi volonté d’assurer un avenir à ce cinéma, c’est pourquoi, conformément au thème du Fespaco 2005 qui était « Formation et enjeux de la professionnalisation », les organisateurs ont insisté sur la formation de l’ensemble des professionnels du monde du cinéma. Le colloque sur ce thème a permis aux participants et autres professionnels de la formation de poser la problématique de l’adéquation formation initiale et emploi, formation continue, coopération sud/sud et nord/sud dans le domaine de la formation et le financement de cette formation. Autre moment de réflexion, le panel sur la critique. Les acteurs du monde cinématographique ont mené la réflexion pour aboutir à la nécessité de mettre en place une critique africaine c’est-à-dire une critique qui se fonde sur des critères qui tiennent compte des réalités africaines. Mais cette démarche ne doit pas limiter le critique africain qui se doit de dépasser les clivages et se défaire du qualificatif africain pour n’être qu’un critique tout court. C’était d’ailleurs la préoccupation de Tahar Chikhaoui, critique et universitaire tunisien « je propose qu’on se départisse des qualificatif critique et africain. Le qualificatif critique parce que c’est un exercice qui ne vise pas à être objectif. Et africain, parce qu’à l’utiliser on restreint le champ du critique. En effet, il n’existe pas de critique africain mais il existe un critique tout simplement ». Genre très peu valorisé, le documentaire commence à se faire une place au Fespaco. Le coté doc, animé par l’association Ecrans met en évidence les documentaires sélectionnés par le festival. En plus des projections, les réalisateurs sont invités à débattre de leurs documentaires avec les festivaliers. Cette année, une place particulière a été réservée aux jeunes. A chaque projection, une cinquantaine de places sont mis à la disposition des élèves et étudiants. Qualitativement, il y avait des bons documentaires. Mais, techniquement, nous avons constaté un mélange de genre, preuve du manque de maîtrise de certains réalisateurs. Trop de confusion de genre entre reportage et documentaire et des longueurs constatées. Le Marché international du cinéma et de l’audiovisuel, MICA qui s’est tenu au Centre Georges Méliès a été un lieu d’échange entre les professionnels. Plusieurs stands d’expositions ont permis aux festivaliers de découvrir les nouvelles technologies aux services du cinéma. Quelques maisons de productions y ont exposés leurs œuvres. Des innovations. Une salle internet, une meilleure organisation des stands de visionnement. Mais, face à la sollicitation de plus en plus croissante des festivaliers, une nouvelle orientation doit être faite pour en faire un lieu ou les festivaliers et les professionnels trouveront un cadre adéquat d’échange. La volonté de faire du Fespaco une manifestation populaire a emmené les organisateurs à procéder à une sorte de décentralisation du cinéma à cette édition. Ainsi, le CNA a pu offrir des séances de films en plein air aux populations de la périphérie de Ouagadougou qui n’ont pas toujours la chance de venir dans les salles de cinéma.
Grand rendez-vous du cinéma, ce Fespaco fut aussi un rendez-vous pour les médias, tant nationaux qu’internationaux. RFI, BBC, VOA, CFI, Africa N°1, Clap Noir, le réseau des radios du Burkina, etc. tous étaient au rendez-vous pour rendre compte au jour le jour des activités de ce Fespaco. Preuve que le festival a de l’intérêt dans le monde entier. Des Faiblesses ont toutefois été remarquées dans le travail des organisateurs. Et ce sont elles qui expliquent les défaillances constatées ça et là. Au nombre de celles-ci, il y a eu le manque de rigueur au stade qui a conduit à la bousculade meurtrière de la cérémonie d’ouverture. La salle de presse mériterait de servir réellement de cadre ou les professionnels de la presse se retrouveront pour bien faire leur travail. Pas grand-chose dans cette salle. On y trouve certes le Fespaco News, et quelques prospectus, mais, les documents des colloques et autres rencontres n’y sont pas. Très peu de renseignement aussi. Toujours dans la gamme des faiblesses du festival, finissons avec une polémique.
Souleymane S. Mao |
| © Clap Noir / 2005 |