| Isabelle Boni-Claverie,
jeune réalisatrice Franco-Ivoirienne, déjà remarquée
avec un court-métrage controversé qui a fait le tour des
festivals, « le génie d’Abou », (1998), également
ancienne élève de la prestigieuse FEMIS, vient de tourner
à Marseille son second court-métrage de fiction, «
pour la nuit » d’une durée de 30 minutes. Le rôle principal
est tenu par Isabelle Fruleux, métisse, comme la réalisatrice,
la trentaine. Le film raconte la rencontre, une nuit, entre une jeune femme
métisse qui vient enterrer sa mère ivoirienne à Marseille
et un jeune homme qui, lui, enterre sa vie de garçon.
Quelle est l’histoire du film et pourquoi Marseille ? Le film devait se passer à Abidjan et n’a pas pu être tourné, guerre civile et couvre-feu obligent. Les conditions de sécurité étaient insuffisantes pour tourner. L’histoire a donc été adaptée pour Marseille, où je me suis installée récemment. Du coup, le scénario a évolué vers un contexte et des décors différents. Le jeune homme n’est plus Ivoirien, c’est un Méditerranéen. Mais sur le fond, cela ne change rien à l’histoire. Que reste-t-il d’africain dans le récit de « pour la nuit » ? La dimension ivoirienne est posée dans le film. Dans la mesure où les données ivoiriennes ne vont plus de soi, elles doivent être inscrites dans l’histoire. Il existe notamment un personnage de femme Ivoirienne (interprétée par Martine Kohou, la mère de la comédienne Mata Gabin), qui se rend à la veillée de la morte. Ce côté ressort davantage dans un contexte français. Il y a une scène qui marque cela très visuellement. C’est la scène de la veille funéraire. Tout le monde est blanc et veille un corps noir. Et puis, l’amie Ivoirienne arrive. Quand Martine Kohou se met à parler en Baoulé à la morte, une grande émotion émerge. Nous l’avons fortement ressenti sur le tournage. Est-ce pertinent d’être qualifiée de réalisatrice africaine à travers ce film ? Oui. Je suis bi-culturelle. Cela me va tout à fait d’être considérée comme réalisatrice africaine, si ce terme là n’exclut pas ma part d’ailleurs. L’héroïne du film est métisse. Est-ce un film sur le métissage ? Ce n’est pas vraiment un film sur
le métissage. C’est un film sur le lien filial. Et il est vrai que
la mère de l’héroïne est africaine. Mais ce qui m’a
surtout intéressée, c’est de montrer un moment de deuil,
ou plus précisément, montrer ce moment charnière où
on quitte le monde de l’enfance pour passer à autre chose (c’est
la mort de la mère pour mon héroïne, c’est le mariage
pour mon personnage masculin).
Le film a été aidé par le CNC, c’est un tournage « lourd », il a réuni une équipe de trente cinq personnes. Pourquoi ne pas avoir fait directement un long métrage ? J’ai pu me rendre compte en faisant ce moyen métrage que faire un long, c’est une grande aventure. Donc, c’est bien d’être armée. Caroline Pochon |
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