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Pour comprendre aussi bien l'évolution que l'état actuel de bon nombre des cinémas nationaux de l'Afrique de l'Ouest, il faut examiner leur configuration et leur environnement institutionnel dans le cadre d'une certaine dynamique sahélienne. Le Sahel ne désigne pas seulement un espace géo-climatique, il constitue également une aire culturelle ayant une dynamique propre tout en participant de la civilisation africaine. Cette dynamique transparaît dans la création cinématographique des pays sahéliens, notamment du Burkina, du Mali, du Niger, du Sénégal, pour ne mentionner que ceux-ci. D'abord, au plan thématique, relevons quelques aspects qui leur sont communs. 1°) L'environnement aride qui caractérise le Sahel influence les activités économiques des agriculteurs et des éleveurs. La sécheresse rend difficile l'existence humaine. Ceci se vérifie dans des films tels : TOULA OU LES GENIES DES EAUX, LE CHOIX, TA DONNA, WAATI, GARDA BOSSE, FAD'JAL, LETTRES PAYSANNES. 2°) L'exode et l'exil, qui comptent parmi les thèmes récurrents du cinéma et de la littérature africaine, ne s'imposent ici que rarement comme la conséquence des mirages de la ville et de l'étranger. Partir, ici plus qu'ailleurs, tient lieu de stratégie de survie (TOULA, LE CHOIX, PAWEOGO, LE DERNIER SALAIRE, WALLANDA, LE BRACELET DE BRONZE, TOUBABOU-BI). 3°) L'islam règne généralement comme confession et référence morales dominantes. Les pratiques et les individus qui s'écartent de ces principes largement partagés font l'objet de dénonciation, lorsqu'ils ne subissent pas un châtiment à la mesure de leur infamie. C'est le cas dans FFVA, LE WAZZOU POLYGAME, SAITANE, AUBE NOIRE, WENDEMI, CINQ JOURS D'UNE VIE, POUR CEUX QUI SAVENT, MOSSANE. Bon nombre de films dont ceux de Sembene Ousmane entrent dans cette catégorie, même s'ils dénoncent l'hypocrisie et la tartufferie des faux dévots. 4°) L'influence de l'islam sur les coutumes qu'il partage avec les traditions africaines demeure également remarquable. L'exemple de la polygamie illustre fort à propos cette influence à travers la référence, implicite ou explicite, mais constante au précepte coranique qui édicte à l'époux un traitement égale (ou équitable) à l'égard des co-épouses. LE WAZZOU POLYGAME, FVVA, MIROIR NOIR, FINYE, LE MANDAT, XALA, TABLEAU FERRAILLE démontrent d'une manière ou d'une autre, la validité du principe, et les conséquences fâcheuses qui découlent de sa violation. 5°) Le retour aux sources revient souvent comme une nécessité de la quête spirituelle et existentielle, tant individuelle que collective (L'EXILE, LE MEDECIN DE GAFURE, MAMY WATA, SI LES CAVALIERS, SARRAOUNIA, YEELEN, WAATI, GUIMBA, TAAFE FANGA, KODOU KARIM, CEDDO, EMITAI, MOSSANE). 6°) Enfin un code d'honneur régit le comportement des individus. Il prône les valeurs telles que la bravoure, la dignité, l'entraide, la solidarité et l'hospitalité. TOULA, SAITANE, BUUD YAM, YELEN. AU PLAN ESTHETIQUE 1°) Du conte au cinéma : la transposition à l'écran de textes de la littérature orale traditionnelle est fréquente : TOULA, L'EXILE, KEITA OU L'HERITAGE DU GRIOT, L'ENFANT ET LE CAIMAN, POUSSIERE DE LAIT, LA GARDIENNE DES CHAMPS, TAAFE FANGA, DUEL SUR LA FALAISE, EMITAI, FAD'JAL. 2°) La présence du griot se manifeste à travers ses différentes fonctions. Musicien, conteur, comédien, historien, généalogiste, hagiographe, le maître de la parole devient l'égal du réalisateur sahélien et source d'inspiration pour le cinéma : CABASCABO, LE WAZZOU POLYGAME, L'EXILE, KEITA OU L'HERITAGE DU GRIOT, BOROM SARRET, NIAYE, GUIMBA, TAAFE FANGA. 3°) Le cinéma se révèle comme un art de la parole socialisée. Le griot ne s'empare pas du verbe pour la monopoliser, mais pour mieux la distribuer. Le déploiement de la palabre est un acte social, théâtralisé, voire ritualisé. AUBE NOIRE, L'EXILE, NOUS SOMMES TOUS COUPABLES, WEND KUUNI, LETTRES PAYSANNES, FAD'JAL, JOM, DJELI. 4°) Le discours filmique s'enrichit de divers genres et techniques narratives de l'oralité tels : le conte, la légende, l'épopée, le proverbe, la devinette, la chanson, l'incantation, le panégyrique, la danse : CABASCABO, L'EXILE, TOULA, NYAMANTON, WAATI, KEITA, KINI ET ADAMS, BOROM SARRET, TABLEAU FERRAILLE, MADAME BROUETTE. 5°) La morphologie du conte, naguère peu exploitée comme moteur de la fiction aussi bien dans la succession des péripéties que dans la progression de l'action, se voit accorder une attention croissante dans la narration cinématographique.
Jean-Baptiste DOSSOU-YOVO |
| © Clap Noir / 2003 |