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Du 23 février au 1er mars 2004, se tiendra à Bamako la deuxième édition d'"Etonnants scénarios", un cursus de formation à l'écriture de scénario et au développement de projets d'adaptation d'uvres littéraires pour le cinéma. Le Niger sera présent avec "Talibo un enfant de quartier" d'Adamou Idé. Cette édition regroupe des professionnels de cinéma (Scénaristes, Réalisateurs, Producteurs qui ont les droits sur un roman). Ousmane Ilbo Mahamane, producteur, sera à Bamako avec le jeune poète Omar Kadry Koda qui fera ses premières armes dans l'écriture cinématographique. Clap Noir a rencontré, le producteur O.Ilbo Mahamane et l'auteur roman, Adamou Idé.
Clap Noir : félicitations M. Ilbo, pour cette sélection qui honore le cinéma nigérien. Il n'y a pas très longtemps vous étiez à Sud Ecriture (Tunis et Dakar) afin de finaliser l'écriture de votre scénario intitulé "Hatsari" et voilà qu'un deuxième projet se met en place, parlez-nous de ces deux projets. Est-ce qu'on peut dire que l'année 2004, sera celle de la relance de la production cinématographique nigérienne ? Ilbo Mahamane : Merci. En effet, après l'atelier Sud Ecriture à Tunis et à Dakar, où nous avons travaillé, encadré par le scénariste français Jacques Akchoti, professeur à la FEMIS (France), on peut affirmer que le premier scénario est terminé. Et voilà que mon second projet d'adaptation d'uvre littéraire au cinéma vient d'être sélectionné pour participer à étonnants scénarios à Bamako. Les deux cycles ont tous le même objectif qui est celui de créer des uvres cinématographiques de qualité. L'un dans l'autre ces deux ateliers tiennent leur originalité dans le fait qu'ils traitent des questions spécifiques du développement de l'écriture cinématographique. Si "Etonnants scénarios" est dans sa deuxième session, Sud Ecriture est à son neuvième atelier et a aidé des scénarios qui ont donné des films sélectionnés à Cannes et à Venise. Si on se tient à cela, on peut affirmer que les prémices de la relance de la production cinématographique nigérienne sont réelles. Vous savez, en matière de cinéma, plusieurs choses concourent à la réalisation des projets. Pour ce qui est de compétence humaine, nous sommes convaincus d'aller jusqu'au bout de nos idées. Mais l'autre pan, le plus décisif est le côté politique. J'espère que ces deux grands projets pour le Niger seront accompagnés par la création des conditions de pérennisation. Comme vous le savez, ce n'est pas uniquement la production cinématographique qui peut faire marcher le cinéma, mais la prise en compte simultanée des secteurs tels que la distribution et l'exploitation notamment. Comment avez-vous découvert l'uvre d'Adamou Idé ? Ilbo Mahamane : Un producteur est toujours à la recherche d'uvres de qualité qui peuvent donner des grands films. Talibo, qui est une histoire de notre pays où s'entremêlent des faits sociaux sur fonds politiques de 1960 à 1990, mérite une attention particulière pour tout intellectuel qui veut apporter quelque chose dans le développement économique et social de son pays. M. adamou Idé, votre roman "Talibo, un enfant du quartier", publié aux éditions de l'Harmattan à Paris en 1996, a été sélectionné pour participer à la deuxième session de l'atelier "Etonnants scénarios". Qu'est-ce que cela vous inspire ? Adamou Idé : J'ai été
très agréablement surpris d'apprendre cette heureuse nouvelle
pour la littérature et le cinéma nigériens. En effet,
ces deux secteurs de l'activité culturelle au Niger souffrent d'une
très longue léthargie qui n'est due ni au manque de qualité
de nos écrivains et de nos cinéastes, ni à leurs
possibilités de création. Etes-vous le premier auteur nigérien dont l'uvre est portée sur écran ? Est-ce que vous pensez que porter votre uvre à l'écran puisse avoir un effet quelconque sur la cinématographie de notre pays ? Adamou Idé : Je dois peut être
rappeler que certaines uvres d'écrivains nigériens
ont déjà été portées à l'écran.
On peut citer : "Toula" de Boubou Hama, réalisé
par Moustopha Alassane ; le roman "quinze ans ça suffit"
de Amadou Ousmane sous le titre "Pétanki" par l'Ivoirien
Yéo Kosaloa; "Si les cavaliers avaient été là"
de Mamane Bakabé, inspiré de l'uvre d'André
Salifou et enfin "Sarraouinia" roman de Mamani Abdoulaye, adapté
par Med Hondo. Tous ces cas procèdent cependant d'une entente personnelle
entre l'auteur et le réalisateur et ou le producteur. Pourquoi seulement aujourd'hui ? Et pourtant la littérature nigérienne n'est pas moins fournie comme vous venez de le souligner ? Adamou Idé : Pourquoi seulement
aujourd'hui ? Comme je le disais tantôt la littérature nigérienne
est encore largement méconnue du public, malgré les nombreux
talents dont elle regorge. Vous avez été temoin de l'histoire du Niger de 1960 à 1990, avec tous les soubresauts sociaux politiques. Qu'attendez-vous de l'adaptation cinématographique de votre uvre ? Idé Adamou : Etre témoin
de l'histoire du Niger de 1960 à 1990, c'est trop dire puisque
à une certaine époque, j'étais trop jeune. Cependant,
j'ai retenu pour les avoir parfois intensément vécus, quelques
faits de notre histoire pendant cette période. C'est ce que j'ai
essayé de retracer dans le roman "Talibo, un enfant du quartier".
L'élément enclencheur de ce roman, c'est la destruction
du quartier Gaweye vers le début des années 1980. N'oublions
pas que c'est le premier quartier de la ville de Niamey. En une matinée,
les bulldozers ont effacé peut-être une centaine d'années
de culture, de notre patrimoine culturel, pour ériger à
la place des "monuments" en béton qui ont pour nom l'Hôtel
Gaweye, le Palais des Congrès, l'Immeuble de l'ONAREM. Cela m'a
profondément révolté et je me suis dit qu'il faut
trouver un moyen pour réparer ce gâchis culturel et redonner
vie à ce pan de notre patrimoine national. Mais aujourd'hui, la
menace est plus sérieuse, parce que c'est avec les coups de poings
de l'argent qu'on casse la figure de Niamey ; et on s'attaque même
aux espaces physiques d'expression culturelle comme ce que risque aujourd'hui
la Compagnie de théâtre "Les Tréteaux du Niger".
On peut moderniser une ville tout en conservant sa spécificité
culturelle ! "Talibo, un enfant du quartier" est une uvre
de fiction certes, mais elle s'appuie beaucoup sur certains faits sociaux
et politiques réels qui se sont passés dans notre pays.
Propos recueillis par Candide
Etienne
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| © Clap Noir / 2003 |